(6/08 – 28/08/2018)
Vous vous demandez certainement pourquoi nous sommes venus dans le Nord alors que notre but est « Cap à l’Ouest » ? Et bien c’est simple, notre US cruising license valable 1 an étant expirée, nous devions quitter les eaux américaines au moins 14 jours (preuve de la douane étrangère à l’appui) avant de pouvoir en solliciter une nouvelle. Trop tard pour les Bahamas à cause de la saison cyclonique, pas envie de retourner aux Bermudes déjà visitées 2 fois, il nous restait l’option du Canada. On aurait pu rester simplement 14 jours à attendre de l’autre côté de la frontière et revenir, mais en parcourant des guides nous avons eu envie de découvrir la Nouvelle Ecosse, le Golfe du St Laurent, Terre-Neuve et St Pierre et Miquelon. Voilà comment on se retrouve à faire une petite balade de 2500 MN non prévue au programme, logique non ?
Maintenant nous sommes sur le « retour », cap au Sud vers le soleil ! La traversée de St. Pierre et Miquelon vers l’Ile du Cap-Breton (NE de la Nouvelle-Ecosse) fut rapide mais plus longue que prévue à cause des douaniers canadiens qui nous ont obligés à faire notre entrée à Sydney, allongeant notre route de 50 MN (pour finalement faire les formalités par téléphone … !). Nous arrivons tout juste à temps pour encore profiter de la marée montante et de ses forts courants pour entrer dans l’étroit passage qui donne accès au Bras d’Or Lakes, plan d’eau qui occupe le centre de l’Ile du Cap-Breton (ainsi nommé car dernier bastion de la Nouvelle-France à avoir résisté à l’envahisseur britannique).
Ici, changement total de décor et de climat ! Les lacs étant presque totalement séparés de l’Atlantique (au Nord, par un chenal étroit, et au Sud, par une écluse), l’eau y est calme et chaude. Donc ni brouillard ni houle, un vrai plaisir ! Après les navigations sur des mers agitées, le bateau glisse sur une eau lisse et sous un soleil radieux. Nous passons d’une température de 13°C à St. Pierre (eau à 10°C) à 28°C à notre première escale (eau à 20°C). En quelques miles, nous sommes passés de la Manche à la Méditerranée !
Nous passons la semaine à naviguer sur ce plan d’eau magnifique entre forêts de sapin, phares et rochers, et à profiter des mouillages sauvages. Ici plus de phoques mais une population variée d’aigles pêcheurs.
Première escale à Baddeck, où nous espérions louer une voiture pour faire la route des crètes plus au Nord, mais sans succès. Nous tombons au milieu d’un festival ceilidh (gaelique) et la ville est bondée. Nous aurons plus de chance à St Peters, plus au Sud.
St Peters est la « sortie » des Bras d’Or Lakes, par une écluse qui nous remet au niveau de l’Atlantique. Avant de passer l’écluse et de mettre le cap au Sud vers Halifax, nous mouillons près d’une petite marina à ambiance familiale, où nous retrouvons Steve et Inge du bateau Genau, de Virginie, que nous avons déjà recroisés plusieurs fois depuis l’Ile du Prince Edouard. Ayant enfin trouvé une voiture, nous parcourons la fameuse Cabot Trail, route scénique traversant le Parc National des Hautes Terres du Cap-Breton, au NE de l’île, et la côte Ouest, dont une partie est habitée par les descendant des Français (Acadiens), l’autre par ceux des Irlandais et Ecossais envoyés par la couronne britannique pour coloniser la Nouvelle-France. D’un village à l’autre s’alternent donc le pavillon bleu-blanc-rouge étoilé (acadien) et la feuille de trèfle (symbole de St.Patrick, protecteur des irlandais), des écoles affichant un enseignement en français et d’autres en gaelique. Un héritage culturel et une diversité artistique bien présente aussi dans la musique et l’artisanat local.
Après le passage de l’écluse, nous mouillons pour la nuit à l’Ile Madame, au Sud de St Peters, et mettons dès le lendemain matin le cap sur Halifax, 160 MN au Sud. L’étape étant longue, nous faisons une autre halte pour la nuit à Whitehead, village de pêcheurs isolé où nous n’aurons pour compagnie que… une famille de loutres de mer ! Entre Whitehead et Halifax, 120 MN, nous avons la surprise de pêcher un requin assez gros, environ 1m50… Nous voilà bien embêtés ! D’abord car nous ne savons pas trop comment le monter à bord sans y perdre des doigts, et ensuite parce que nous n’aimons pas la viande de requin… Nous ne pêchons pas par plaisir mais pour manger, donc nous détestons devoir rejeter un poisson à l’eau après l’avoir blessé, ou pire, asphixié le temps de le décrocher. Heureusement pour lui et pour nous, le temps de réflechir à tout cela et de le fatiguer un peu pour essayer de récupérer notre leurre, il finit par casser la ligne et repartir d’un coup de queue vif ! Dommage pour la perte du leurre, mais ce qui nous console c’est que les requins ont une salive qui dissout l’alliage utilisé pour les hameçons et donc, le requin s’en sortira !
A Halifax, capitale de la Nouvelle-Ecosse et port commercial important, nous mouillons dans un bras de mer donnant sur des quartiers résidentiels, loin de l’agitation, d’où nous pourrons aller en ville en quelques minutes à vélo. Venant du Nord et ayant été coupés de la « civilisation » quelques semaines, il nous faut un temps d’adaptation. La longue promenade suivant les quais du centre-ville est bondé et les rues, entre travaux publics et passage de poids-lourds en plein centre (chez nous c’est interdit !) sont très bruyantes. Nous prenons un peu de recul en visitant la citadelle, dont le site stratégique en hauteur offre une vue à 360° sur les alentours et les musées avec acteurs en costumes d’époque sont intéressants.
Halifax n’est pas vraiment une jolie ville, architecturalement parlant. Elle semble avoir été reconstruite de façon anarchique après l’énorme catastrophe de 1917 : une explosion causée par la collision de deux cargos dont un chargé d’explosifs, détruisant une grande partie de la ville, tuant plus de 2000 personnes sur le coup et faisant des milliers de blessés. Autre catastrophe maritime qui marqua la ville, le naufrage du Titanic en 1912, qui fera près de 1500 morts, et dont une partie des victimes est enterrée dans les cimetières de la ville. Tout cela est bien présenté dans le très intéressant musée maritime qui explique également le rôle majeur d’Halifax lors de la seconde guerre mondiale. D’ici partait une logistique vitale – hommes, armement, nourriture – pour soutenir, via l’Angleterre, les troupes alliées en France. Sans l’aide maritime du Canada, la guerre n’aurait certainement pas connu la même issue !
Ensuite, après avoir fait le tour de 4 agences, nous trouvons enfin une voiture de location pour visiter la Baie de Fundy – où l’on observe les marées les plus importantes au monde, jusqu’à 16 mètres d’amplitude – ainsi que 3 sites historiques de l’ancienne Acadie, situés au Sud de la baie : Port Royal, Annapolis Royal et Grand-Pré.
Port Royal est la reconstitution du premier comptoir français fortifié, créé en 1605 à l’embouchure du fleuve Annapolis, suite à l’expédition menée par les fameux Sieur de Mons et Samuel de Champlain, accompagnés de 79 hommes. A l’époque, les relations avec les autochtones (Micmacs) étaient fructueuses, ce qui permit aux Français de survivre aux hivers rigoureux et de développer un commerce florissant. Ce premier comptoir fut ensuite (1635-1640) transféré à un autre endroit plus en amont du fleuve, permettant un meilleur contrôle de la circulation maritime. C’est ce deuxième site de Port Royal (nommé ainsi en l’honneur du roi de France) qui fut ensuite confisqué par les Britanniques (en 1710), rebaptisé « Annapolis Royal » en l’honneur de la reine Anne, et qui constitue aujourd’hui encore un pittoresque village. Grand-Pré, plus à l’Est, a également été l’une des plus importantes communautés acadiennes de la Baie de Fundy, jusqu’à l’expropriation et la déportation massive des Acadiens par les Britanniques en 1755. Le site, construit selon un des plus vieux modèles européens de transformation de marais salants en terres agricoles (à base d’aboiteaux notamment), est aujourd’hui inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Au chapitre des rencontres, nous avons fait la connaissance au mouillage de Gilles, qui navigue depuis des décennies autour du globe. Il se prépare pour monter vers le Nord et passer le mythique passage du NW entre Sibérie et Alaska. Amoureux du Pacifique et des Marquises en particulier, il nous a raconté ses souvenirs avec son ami Moitessier notamment et nous a donné envie de passer le canal de Panama au plus vite. Nous serions bien restés plus longtemps avec Gilles, mais des vents contraires s’annoncent et nous devons partir. Nous rejoignons rapidement Lunenbourg que nous avions beaucoup aimé à l’aller – c’est l’occasion de revoir Thomas qui navigue sur le mythique Bluenose II, qui sera de retour le lendemain en provenance du Nord de la Nouvelle-Ecosse.
L’étape suivante nous mène à Port Mouton, 45 MN plus au Sud dans un mouillage digne des Caraïbes (température de l’eau mise à part), plage de sable blanc, eau cristalline… que nous découvrons en kayak, entourés de phoques, avant de rejoindre Shelburne. Cet ancien fief des loyalistes britanniques, port naturel assez éloigné de la mer, ne nous laissera pas un souvenir impérissable : à part quelques maisons d’époque en front de mer refaites pour les besoins d’un film (ça ne vous rappelle rien ?), rien à voir ! A plusieurs kms, l’occasion d’une rando à vélo plutôt épique, nous découvrons le musée des Loyalistes Noirs et le rôle qu’ils ont joué dans la guerre d’indépendance des américains. Le lendemain, nous faisons un dernier mouillage (d’attente) à 20MN plus au Sud, sous le vent de Cape Negro Island. Pour passer Cape Sable, à l’extrême Sud de la Nouvelle-Ecosse, nous devons en effet attendre le flot (marée montante) qui remplit l’immense Golfe du Maine et la Baie de Fundy, générant de forts courants que l’on ne peut pas prendre à contre en voilier. Départ donc à 5h00 pour passer Cape Sable vers 8h00 à une vitesse de 9 nœuds ! C’est là que nous aurons la chance de pouvoir observer plusieurs baleines à bosses. Cap maintenant sur Mount Desert Island à l’Est du Maine (Acadia National Park, USA) à 170 MN !

St.Pierre, Sydney, Baddeck, St.Peters, Ile Madame, Whitehead, Halifax, Lunenburg, Port-Mouton, Shelburne et Cape-Negro.

Entrée de Sydney au Nord de Cape-Breton.

Chenal d’entrée de Bras d’Or Lake.

Baddeck au crépuscule.

Retrouvailles avec Steve et Inge du bateau Genau et leur amie.

Une des nombreuses maisons au bord du lac.

Mouillage calme dans Maskell harbor….

…sous l’œil d’un aigle royale américain ou pygargue (bald eagle).

Sortie de l’écluse de St Peters côté atlantique.

La superbe route du Cabot Trail près de Chéticamp.

Mouillage paisible de Whitehead au Nord de Nova Scotia.

Allez, sois sympa. Rends-moi mon Rapala.

Dans West Arm à Halifax près de notre mouillage…

…avec son gros phoque qui se prélasse près d’ORPAO.

Visite de la citadelle avec reconstitutions.

Gilles le vagabond des mers avec un ami Marquisien.

Visite du site de Port Royal…

…des Acadiens de Grand-Pré…

…et de la Baie de Fundy avec ses marées de 16 mètres.

Sortie de Lunenburg.

Tiens, encore un phoque.

Port-Mouton et ses plages de sable.

Shelburne, vue du bateau sur bâbord…

…et sur tribord. Pas mal !..

De bonne heure et de bonne humeur, en route pour la traversée de la Baie de Fundy, cap sur le Maine (USA) !
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