Le Mid-Atlantic : Delaware & Cheasapeake Bay, Washington DC et Pennsylvania

(5/10 – 23/10/18)

 

Nous pourrions rester encore quelques jours, voire quelques semaines à Mystic, avec nos amis les Ryley, mais l’hiver arrive bientôt et comme les oies qui commencent à se diriger en escadrille vers le Sud, nous partons, en se promettant de se revoir.

Vendredi  5/10 (encore un vendredi !), lever du jour à 6h30, départ non sans difficultés… La chaine d’ancre s’est enroulée sur un vieux corps-mort que nous remontons avec l’ancre, forçant quelque peu sur le guindeau. Après une bonne demi-heure de manœuvres, enfin libérés, nous partons et mettons le cap sur la Delaware Bay à 220 MN plus au Sud, après  avoir salué une dernière fois  Pamela et Roger (et Dory) qui nous attendaient à la sortie du chenal.

Avec le courant de marée et un vent de NE 5, nous traversons rapidement le Sound et doublons la pointe de Long Island à une vitesse de 9/10 nœuds. La traversée est plutôt tranquille, les vents sont soutenus et virent progressivement SE, nous accompagnant jusqu’à l’inlet de Cape May Harbour, où nous attendrons les courants de marée pour entrer dans la Delaware Bay. Nous pêchons une belle bonite qui agrémente quelques repas (première belle pêche depuis de long mois !) et faisons route avec au loin le voilier ZWERVER, un couple de Hollandais rencontré à Boston et revu à Mystic. Nous sommes samedi soir, 1 heure avant la tombée de la nuit, excellent timing ! Nous remontons le chenal à plus de 8 nœuds dans de grandes embardées dues au courant, et n’osons pas imaginer ce que doit être cet inlet par mauvais temps…

Nous mouillons à l’intérieur, en face de l’école des gardes côtes et à l’écart du chenal. Lors du mouillage, le guindeau – fort sollicité la veille – ne fonctionne que par intermittence… Le lendemain matin, au son des chants d’entrainement des jeunes recrues des Coastguards, séance de mécanique pour remplacer les charbons dans le moteur électrique du guindeau, et vérifier les connections de la commande électrique. Malheureusement les pièces de rechange dont je dispose ne conviennent pas… Après un nettoyage approfondi de toutes ses petites pièces, le guindeau redémarre (ouf !) mais ses charbons devront être remplacés rapidement car il est vital pour nous qui ne fréquentons pas les marinas et jetons l’ancre quotidiennement.

Nous remontons la Delaware Bay en 2 étapes pour profiter un maximum des courants de marée importants (coefficient 107 pour les connaisseurs…), d’autant que plus de 150 rivières se jettent dans cette baie. Grâce à ces courants, nous passons également très rapidement le canal reliant la Delaware Bay et la Chesapeake Bay. Après un mouillage bucolique sur la Sassafras River, nous descendons vers Annapolis pour y mettre ORPAO à l’abri de l’ouragan MICHAEL qui remonte la côte Est et menace la zone. Nous retrouvons nos amis Hans et Astrid du voilier ZWERVER, avec qui nous surveillons dans une bonne ambiance l’évolution de la météo. Nous n’aurons finalement que des vents de 35 nœuds et beaucoup de pluie, mais mieux vaut prévenir que guérir !

La petite ville d’Annapolis est mondialement connue pour ses 2 boatshows (voiles et moteurs) et est donc un excellent endroit pour une escale technique. Après avoir accroché ORPAO à un corps-mort pour la semaine, je démonte et porte en réparation/révision le moteur du guindeau et le démarreur.

C’est l’occasion pour nous de quitter ORPAO en toute tranquillité pour visiter Washington DC (à seulement 2 heures de bus) et la Pennsylvanie, plus particulièrement la « Dutch Country » des Amish et Philadelphia (à 3 heures de voiture). Nous prévoyons 3 jours de visite pour chaque… ça va vous paraître bizarre, mais on se sent en vacances !

La veille de notre départ pour Washington DC, nous faisons la connaissance d’Alexandre, un français habitant aux USA depuis plus de 20 ans. Il tient un salon de coiffure juste à côté de la Maison Blanche et propose de nous emmener avec lui plutôt que de prendre le bus. Sympa ! Au final, nous mettons plus de temps en voiture qu’en bus, vu les embouteillages, mais c’est l’occasion de discuter. La compagne d’Alexandre nous suggère de visiter une expo temporaire à côté de la Maison Blanche :  « Burning Man », où nous découvrons des œuvres de cet étrange festival artistique annuel de l’Etat du Nevada . Le concept est de construire en plein désert (désert de Black Rock) des œuvres d’art immenses en bois et de festoyer le temps d’une semaine avant de tout démonter, sans laisser de trace, après avoir brûlé entièrement l’icône du « Burning Man ». Drôle d’idée !

Nous nous rendons ensuite à Capitol Hill, où nous visitons 3 bâtiments officiels assez impressionnants. D’abord, le Capitole lui-même, édifice de 1793, siège du Congrès fédéral et pouvoir législatif : le Senat, formé de 100 membres (2 par Etat) élus pour 6 ans, et la Chambre des Représentants, rassemblant 435 députés élus pour 2 ans (nombre par Etat en fonction de la population). C’est donc là que les lois sont débattues et votées. Ensuite, la Bibliothèque nationale du Congrès, magnifique construction de 1815, mettant à disposition du public 10 salles (magnifiquement sculptées ou peintes) de consultation de documents et livres en plus de 450 langues. C’est ici qu’ont été testées les premières ampoules après l’invention de l’électricité… façon originale d’attirer des curieux du monde entier ! Et en dernier, la Cour Suprême, créée en 1788, et composée de 9 juges nommés à vie par le président (avec accord du Sénat). C’est ici que sont tranchées les questions de désaccord entre Etats ou les questions graves concernant le fonctionnement des Etats-Unis (comme la destitution du président…), la Cour Suprême pouvant choisir quelles questions elle accepte de traiter (seulement 1% des requêtes selon l’exposé que nous suivons très attentivement). Après cette journée, le fonctionnement des Etats-Unis nous paraît enfin un peu moins opaque…et un peu moins démocratique ! Enfin, aucun système n’est parfait…

Le lendemain, 2e journée de marche, nous parcourons l’ensemble des mémoriaux rendant hommage aux victimes des guerres ayant impliqué les Etats-Unis, ou à certains dirigeants ayant profondément impacté le cours de l’histoire, comme A. Lincoln, G. Washington, Th. Jefferson, Fr. Roosevelt et M. Luther King Jr. Cet immense « jardin de la mémoire », établi parc national en 1933, offre une magnifique promenade aux jolies couleurs de l’automne. Nous terminons la journée par le National Museum of American History, au volet des inventions américaines ayant révolutionné notre quotidien : l’électricité, le téléphone, le gps… Etonnamment, au volet des inventions militaires, la bombe atomique est passée sous silence !
Le lendemain, 3e journée à Washington DC, nous découvrons le National Air & Space museum qui retrace l’impressionnante histoire de la conquête du ciel et de l’espace au travers de l’exposition d’authentiques appareils, comme le tout premier avion ailé des frères Wright, le Spirit of St Louis de l’Aeropostale, des DC3 et 10, un cockpit de Boeing, des capsules mises en orbite, des appareils d’alunissage ou encore les robots destinés à la planète Mars (ou du moins la copie ayant permis aux ingénieurs sur Terre de suivre et corriger en temps quasi réel les problèmes techniques sur Mars)… FASCINANT !

4e journée de notre « semaine à terre », nous louons une voiture et mettons le cap cette fois plein Nord, vers la « Dutch Country », à la rencontre des Amish !

Nous avions découvert la communauté Amish de Pennsylvanie (l’Etat des USA où ils sont le plus nombreux) au travers de l’excellent film Witness (1985, avec H.Ford). Nous en avons rencontrés cet été au Canada et leur mode de vie nous a intrigué et donné envie d’en savoir plus : Comment fait-on au 21e siècle pour (sur)vivre comme au 16e, sans électricité ni confort ? Comment fait-on pour avoir des fermes parmi les plus rentables sans mécanisation ? Comment fait-on pour choisir une vie aussi austère malgré la proximité de grandes villes , comme ici Philadelphie (1h30 de route) et New-York (3h de route) ?

Pour comprendre les Amish, il faut comprendre leur histoire. Ils font partie des Anabaptistes (« baptisés 2 fois » en latin), adeptes d’un mouvement réformateur protestant né début du 16e siècle en Suisse et gagnant ensuite l’Allemagne, la Hollande et l’Alsace. Ils étaient fermement opposés au pouvoir de l’Eglise et ses dérives (le concept de purgatoire pour vendre des « privilèges » aux mourants, les guerres « saintes » etc) et exigeaient le droit de choisir le baptême par conviction à l’âge adulte plutôt que de le recevoir par coutume à la naissance. A une époque où s’opposer à l’Eglise officielle équivalait à renier la base même du gouvernement, et où le baptême donnait accès aux droits civiques, ils ont vite été considérés comme hérétiques et agitateurs politiques ne pouvant pas être tolérés. Pourchassés et torturés en masse (la moitié des Chrétiens morts en martyrs au 16e et 17e siècle étaient Anabaptistes !), ils se sont exilés vers des terres plus pacifiques outre-Atlantique, comme en Pennsylvanie où la constitution stipule la liberté de choix religieux, au Canada et en Amérique Latine, où ils sont toujours très nombreux. Les Amish sont la « branche » la plus radicale et conservatrice de leurs descendants.

Aujourd’hui encore, même s’ils paient les taxes locales et impôts comme tout le monde, cette volonté de séparation stricte de l’Etat résulte dans le refus du réseau public d’électricité ou de gaz (ils ont des panneaux solaires, bouteilles de gaz et groupes électrogènes au diesel), celui de l’enseignement public (ils ont leur propre système scolaire, en classe unique de 6 à 14 ans, en allemand) et celui du système de sécurité sociale (ils ont leur propre système de cotisations de solidarité, au sein de chaque communauté). Toujours pour conserver leur indépendance, ils ont leurs propres banques agricoles (bien qu’ouvertes aux non-Amish) et n’ont pas d’églises (ils se regroupent tous les 15 jours dans une des fermes de la communauté pour des lectures et échanges).

D’un point de vue philosophique, ils prônent une vie simple, pacifique, consacrée au travail agricole ou manuel (travail du bois, du cuir, des tissus…), à la famille et à la communauté, loin des tentations du modernisme individualiste et des violences du monde extérieure. Malgré leur mode de vie austère, leur nombre est toujours en croissance, la plupart des jeunes adultes choisissant des rester Amish plutôt que de vivre dans les villes modernes, malgré la tentation des Iphones, ordinateurs, voitures et autres (qu’ils peuvent « goûter » pendant la Rumspriga, période de réflexion entre la fin de l’école et le choix – on non – du baptême). Sachant que refuser le baptême, c’est quitter définitivement la communauté et ne plus jamais revoir famille et amis… on peut comprendre!

Ces 2 jours chez les Amish sont reposants, et les paysages de campagne en ce début d’automne magnifiques. Nous faisons ensuite un crochet par Philadelphie, première capitale des Etats-Unis avant Washington DC. Nous découvrons principalement sa vieille ville, classé au Patrimoine historique de l’UNESCO, et son très joli « waterfront » entre deux fleuves. C’est en effet à Philadelphie que fut adoptée la Déclaration d’Indépendance (4 juillet 1776) et où fut rédigée (1787) la Constitution des Etats-Unis qui allait instaurer un gouvernement fédéral une fois signée par les 13 premiers Etats.

De retour à Annapolis, je récupère et réinstalle le guindeau et le démarreur, et hop, après un gros avitaillement, c’est reparti ! Cap au Sud, pour explorer les nombreux mouillages de la Cheasapeake Bay.

Mystic à Annapolis

Mystic, Cape May, Nantuxent Creek, Sassafras River et Annapolis.

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Sous-marin de l’US Navy rentrant dans le Sound…

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…devant Montauk Point.

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Cape May à l’entrée de la Delaware Bay.

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Un des nombreux feux du chenal principal.

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Croisement d’une barge allant vers le Sud de la Baie…

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…avec ses passagers clandestins.

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Entrée du canal C & D qui relie la Delaware et la Chesapeake Bay.

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Le croisement de barges dans le canal demande toute l’attention de la barreuse.

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Passage sous les ponts suspendus qui relient la côte Est et la côte Ouest de la Chesapeake Bay…

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…construits en 1952 et doublés en 1973 pour absorber le traffic croissant.

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Devinez dans quel état nous sommes?

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Démontage du démarreur pour révision.

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Notre mouillage dans Spa Creek au cœur d’Annapolis.

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Le Capitole à Washington DC.

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Entrée du Capitole par le sous-sol.

 

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Aperçu de la visite du Capitole.

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La Bibliothéque du Congrès, accessible aussi par un tunnel depuis le Capitole…

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…son entrée monumentale…

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et la salle de lecture principale.

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La Cour Suprême.

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Le Mall vu depuis le Capitole, avec au milieu le Washington Monument et au fond le Mémorial Abram Lincoln.

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Un petit coup de métro et c’est reparti pour les visites.

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La Maison Blanche côté rue…

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…avec tout son cirque…

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…et côté jardin avec le bureau ovale.

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Reconstitution d’un temple en bois à l’expo « Burning Man », étonnant.

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Mémorial Abram Lincoln en marbre blanc à l’extrémité du Mall.

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Intérieur du mémorial.

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Mémorial de la guerre de Corée.

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Paroles sages de Roosevelt à méditer par Trump…

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Washington Monument vu depuis le « Jardin de la mémoire ».

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Les oies font aussi une pause à Washington sur leur route vers le Sud.

 

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Visite du musée de l’Air et de l’Espace.

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Trompe l’œil à Georgetown, la vielle ville de Washington DC.

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Paysage typique de Pennsylvanie, avec sa ferme Amish.

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Parking de buggies. les Amishs sont au travail.

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Récolte du maïs avec un engin accroché derrière des chevaux.

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Stockage en bordure du champ…

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…et entreposage, tous ça à la main.

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Madame fait ses courses en ville, toujours en buggy.

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Calme et sérénité se dégagent de la région.

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Arrivée à Philadelphie ( Philly pour les américains) par la banlieue…

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…avec ses nombreuses fresques murales.

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Vue depuis la rivière Schuylkill.

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Les Champs-Elysées de Philadelphie avec, au fond, l’Old City Hall qui abrita la Cour Suprême avant Washington DC.

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L’enfant du pays, Stallone, qui gravit les escaliers du Philadelphia Museum of Arts dans Rocky 3…

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…ou quand le sport rejoint la culture. N’est-ce -pas Fred?

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Le centre, mélange harmonieux de moderne et d’ancien…

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et partout des fresques…

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L’Art est dans la rue.

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L’Independance Hall, où fut signé l’acte proclamant l’indépendance des Etats-Unis le 4 juillet 1776.

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L’incontournable Reading Terminal Market, idéal pour se restaurer.

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Le centre de Philadelphie vu depuis le fleuve Delaware.

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