Du 29/11 au 29/12
L’été dernier pendant que vous faisiez bronzette sur la plage ou dans votre jardin, nous étions dans le Nord, en Nouvelle-Ecosse et à Terre-Neuve, dans le brouillard, blottis près de notre petit chauffage au propane. Mais il y a une justice, maintenant, c’est à votre tour de rester près du feu pendant que nous nous baladons en tongs sous le soleil de la Floride.
L’hiver commençait à nous rattraper, alors nous avons mis les voiles plein Sud en shuntant la Géorgie. Après une traversée de 180 MN plutôt ventée (voir l’article précédant), nous sommes arrivés à Saint Augustine, la plus « espagnole » des villes de la Floride. Fondée en 1565 par les Espagnols, et malgré un bref passage au mains des Anglais (1763-1783), St Augustine est restée « espagnole » jusqu’à l’acquisition de la Floride par les Américains en 1821. St Augustine aurait aussi bien pu s’appeler « Flagler City » tant le visionnaire qu’était Henry Flagler (1830-1913) a laissé son empreinte sur la ville. Ce magnat des chemins de fer, amis des milliardaires de l’époque, décida de les faire venir passer l’hiver au soleil. Il fit construire deux somptueux palaces, rénover un grand hôtel et construire une cathédrale dans le style mauresque andalou afin de garder le « caractère espagnol » de St Augustine. Dans ces palaces, le séjour de 4 mois coûtait alors par personne 4.000 $… l’équivalent aujourd’hui de 240.000 $…! La ville devint rapidement un lieu de villégiature pour les « grands » de ce monde d’autant que Flagler fit descendre le train vers le Sud, désenclavant ainsi la Floride jusqu’à Key West ! Aujourd’hui, ces très riches clients ont déserté St Augustine et l’un des palaces a été transformé en musée et en luxueuses salles de fêtes tandis que l’autre est devenu un collège privé (Flagler College) où les élèves évoluent dans un environnement fastueux…
Nous avons ensuite continué sur l’ICW où plusieurs surprises nous attendaient. D’abord à Daytona, un pont fixe à 65 pieds, en travaux avec des protections métalliques sous le tablier réduisaient sa clearance à environ 62 pieds… notre tirant d’air! …Que faire? Rebrousser chemin et reprendre la mer par l’inlet de St Augustine à 50 MN (1 journée) en arrière, ou attendre que la marée, malheureusement très faible ici, seulement 20/30 cms, baisse un peu ? Finalement, nous mouillions devant le pont en surveillant le niveau indiqué sur un repère gradué, et c’est avec 2 petits pieds au dessus du mât que nous passons enfin…et reprenons notre souffle!
Un peu plus loin nous passons 2 ponts fixes en théorie à 66 et 65 pieds, avec en réalité seulement 63 pieds de clearance et ce, 2 heures avant la pleine mer, chaud…Plus on descend vers le Sud, plus les ponts à 65′ sont bas… À croire qu’ils s’enfoncent dans le marais…?
A Titusville nous avons la surprise de pouvoir assister depuis notre mouillage au lancement d’une fusée depuis Cap Canaveral. Un peu par hasard, le lancement ayant été reporté de 24h…au 5 décembre, jour de notre passage ! Et, drôle de hasard, c’est exactement 2 ans -jour pour jour- après la coïncidence qui nous a permis d’observer le lancement d’une fusée européenne depuis la base de Kourou en Guyane française, le 5 décembre 2016…également un peu par hasard… ayant décidé d’un arrêt aux Iles du Salut, face à Kourou, suite au manque de vent… Quelle chance !!!
A Cap Canaveral, le Kennedy Space Center permet de visiter une partie de la base spatiale en activité. Le « KSC Visitor Complex » est une sorte de parc-musée qui retrace les différentes étapes de la conquête spatiale et expose les technologies, fusées et vaisseaux l’ayant rendu possible : la mise en orbite autour de la terre du 1er américain (Mercury 1958-1963) puis de 2 astronautes (Gemini 1963-1966), les premiers vols lunaires, les fusées de lancement réutilisables et les équipages de 3 astronautes (Apollo 1961-1975), les navettes spatiales permettant l’orbite longue durée d’équipages de 7 personnes et le transport de cargo (de Columbia à Atlantis, 1981-2011), le 1er laboratoire en orbite Skylab (1973), précurseur de la Station spatiale internationale ISS (depuis 1998), les télescopes « photographiant » les confins de notre système solaire et au delà (depuis 1990), les robots astromobiles explorant la planète Mars (depuis 1996) et… l’avenir !!
Les nouveaux systèmes développent déjà les vols commerciaux vers l’ISS (équipes et matériel de recherche, satellites,…) et devraient permettre les vols habités jusque Mars et au delà : des super-lanceurs de fusées lourdes (SLS, depuis 2011), des vaisseaux spatiaux multi-usages pour équipages pluridisciplinaires (dont Orion, depuis 2014), un télescope nouvelle génération à infrarouge (Wfirst 2020) permettant de « voir » dans les trous noirs… ce qui pourrait remettre en cause les théories sur l’évolution des galaxies et la relativité du temps… Quel programme !
Un bus (accès strictement contrôlé) relie les différents sites, pas de tir des fusées et simulateurs spatiaux, et une journée est trop courte pour tout voir.
Ce que nous retenons de cette visite, c’est d’abord l’incroyable inventivité dont l’humain est capable pour repousser les limites du possible et la puissance que peut avoir la mise en commun de compétences multidisciplinaires. Nous avons été très surpris d’apprendre qu’aujourd’hui les limites de la « colonisation » de la planète Mars ne sont déjà plus technologiques mais humaines : l’humain en apesanteur subit une dégradation des os, des muscles et de la vue qui pose encore problème aux scientifiques alors que les technologies permettant une autonomie en nourriture, en habitat et en oxygène sur Mars sont déjà connues ..! Le premier vol habité vers Mars serait d’ailleurs prévu d’ici 10 à 15 ans selon les plus optimistes, 15 à 20 ans selon les autres… Incroyable !
Ce qui nous a touchés aussi, c’est que, partant d’un contexte de guerre froide et d’une compétition entre 2 superpuissances, la recherche spatiale a aujourd’hui abouti à une extraordinaire coopération internationale incluant des nations qui ont parfois été ennemies par le passé. Si seulement cela pouvait se faire dans tous les domaines….
Nous quittons ensuite définitivement l’ICW un peu plus au Sud, à Fort Pierce, pour éviter un pont à 65′ qui, d’après les « alertes » d’autres navigateurs, ne serait qu’autour de 60’…. Bon, assez rigolé !! Nous reprenons la mer vers Palm Beach, où nous passons juste 1 nuit, puis vers Fort Lauderdale, où nous trouvons un bon mouillage, bien abrité et au calme, entre de jolies villas de milliardaires bordées de cocotiers et de gros yachts… Difficile de trouver un endroit pour laisser l’annexe et aller à terre, entre les marinas de luxe et les pontons privés, mais sinon Fort Lauderdale est une excellente escale, on y trouve tout ce qu’il faut pour le bateau ! Le mouillage est tellement tranquille, et la météo calme, que nous y laissons ORPAO 3 jours le temps de visiter les Keys en voiture de location.
Les Keys, c’est un long chapelet d’îles situé entre la Floride et Cuba, s’étirant sur 150 km, reliées entre elles par une 40-aine de ponts jusqu’à son extrémité Key West, le point le plus au Sud de l’Amérique du Nord. Bien que très touristique, Key West est resté la plus authentique des Keys, avec ses jolies maisons en bois et ses arbres tropicaux majestueux. Sur place nous découvrons, en visitant sa maison, la vie tumultueuse de l’écrivain Ernest Hemingway. Ayant échappé à la mort plusieurs fois (9 fois dit-on…), il était devenu très superstitieux et s’était entouré de chats. Ayant un jour reçu un chat à 6 doigts, malformation génétique qu’il a pris pour un « signe », il a cultivé les croisements et la villa est aujourd’hui encore habitée par 56 chats, tous ayant 6 doigts à au moins une patte. Ça fait évidemment le bonheur du vétérinaire du coin…!
Sur la route du retour nous faisons un crochet par le Parc National des Everglades où nous avons la chance de pouvoir observer dans leur milieu naturel plusieurs lamantins (dont une maman et 2 bébés), des énormes crocodiles (pas d’alligators cette fois, mais nous en avions vu à Cap Canaveral) et le très rare îbis à spatule rose (roseate spoonbill) parmi les nombreux oiseaux que nous avons déjà pu admirer le long de notre descente de l’ICW (hérons, aigrettes, ibis, aigles royaux / pygargues, pélicans bruns, cigognes…). Par contre, la plupart des petits mammifères ont disparu du parc…à cause des pitons qui ont été malencontreusement introduits et sont devenu invasifs. Ils se reproduisent plus vite et en plus grand nombre que les alligators et constituent une vraie menace pour l’écosystème, outre le changement climatique…
De retour sur Orpao, nous mettons ensuite le cap sur Miami, à seulement 25 MN plus au Sud. A peine arrivés dans le chenal d’accès principal, nous nous faisons refouler par la police portuaire car il est interdit de passer trop près des 4 gros cruiseships… (Ah bon ? à Fort Lauderdale il y en avait 6, et personne n’en a fait une histoire…) Nous devons donc emprunter un autre chenal d’accès et…repasser sous 2 ponts (zut, on croyait en être quittes !!). En réécoutant la radio, nous entendons en effet l’annonce de la fermeture de ce chenal… Erreur d’inattention… Il faut dire que nous avions été distraits par l’accueil chaleureux devant Miami d’une pulpeuse sirène en mini-bikini rouge déguisée en Père-Noël…!
Nous mettons ensuite plusieurs heures à trouver un bon mouillage, Miami n’est décidément pas accueillante pour les voiliers en dehors des sentiers battus et surtout des marinas de luxe !
Nous découvrons la presqu’île de Miami Beach, son immense plage (plutôt déserte en cette période hyperventée…dommage nous ne verrons pas les jolies sauveteuses et sauveteurs hypersculptés de Bay Watch!), ses rues de boutiques et bars branchés (très peu pour nous!) et son quartier « Art Deco », assez original.
De notre mouillage, nous avons une vue imprenable sur Miami Downtown, le quartier des affaires dont les gratte-ciels sont magnifiquement illuminés la nuit.
Nous passons le réveillon de Noël à deux, ravis de pouvoir partager des merveilleux moments vidéo de partage avec nos familles grâce à Skype et à WhatsApp, et nous nous préparons à traverser bientôt le Gulf Stream en direction des Bahamas…
Bonne fin d’année à tous et rendez-vous en 2019 !

Itinéraire en rouge, ORPAO. En vert, en voiture.

A St Augustine, l’ancien palace Ponce de Leone reconverti en collège…

…avec son entrée fastueuse,

…sa coupole majestueuse,

et sa superbe salle de restaurant où déjeunent les étudiants.

Casa Monica, le grand hôtel entièrement rénové par Flagler.

La villa Zorayda, copie à échelle réduite du palais maure de l’Alhambra à Grenade.

Illuminations de Noël sur les quais de St Augustine.



Tir d’une fusée SpaceX Falcon 9 pour ravitailler la station spatiale ISS.

Premier vol habitable américain, constituée d’une capsule sur un missile Atlas…

…et sa salle de contrôle de 1962, programme Mercury.

Site d’assemblage des fusées. Le bâtiment fait 150 mètres de haut.

Un peu plus loin les installations de SpaceX, l’agence spatiale du milliardaire Elon Musk.

Saturne 5, la plus grosse fusée jamais construite, 3000 tonnes, 150 mètres, 10 de diamètre. Programme Apollo.

Vue intérieure de la capsule.

Tout ça pour se poser et marcher sur la lune en 1969, Apollo 11…avant les Russes !

Puis les navettes qui développeront les stations orbitales pendant 30 ans (1981 à 2011), ici Atlantis.

Et les premières sorties autonomes dans l’espace.

Départ de Fort Pierce à l’aube, petite brume et température très fraiche.

Vue depuis notre mouillage à Fort Lauderdale et la misère autour de nous…

Une des nombreuses plaques de Floride. Ici avec un lamentin.

Petite pause sur la route des Keys.

A droite, les longs ponts routiers qui relient les Keys et à gauche, l’ancien pont de chemin de fer.

Notre B&B à Key West, idéalement situé….

…près de la maison d’Ernest Hemingway…

…l’écrivain tumultueux…

…qui, superstitieux, vivait entouré de nombreux chats à 6 doigts.

Rue de Key West.

Une des nombreuses plages.

On ne pouvait pas aller plus loin aux Sud des Etats-Unis…

…il va falloir continuer en bateau.

Visite du parc des Everglades et de sa mangrove.

Ici 2 Manatees (lamentins)…

…une maman et son bébé…

…sous l’œil d’un crocodile.


…et de nombreux oiseaux.

La côte entre Fort Lauderdale et Miami.

Bienvenue à Miami…

…son chenal réservé aux paquebots…

…et son chenal cargo avec downtown dans le fond.

Vue depuis notre mouillage sur Miami downtown.

Rencontre insolite près du supermarché.

Belles américaines…

… sur Ocean Drive, le front de mer de Miami Beach, ses façades Art Deco …

… ambiance décontractée.

Coucher de soleil sur Miami.
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.