Les Bahamas, de Bimini aux Exumas

29/12/2018 au 04/02/2019

Une bonne fenêtre météo se présente pour traverser le Gulf Stream et c’est sans regret que nous quittons Miami qui ne nous laissera pas un souvenir impérissable, trop bling bling pour nous. Nous faisons un dernier mouillage sous le vent de Cape Florida à 10 MN au Sud de Miami et le lendemain à 7h00 nous quittons les États-Unis pour les Bahamas. Nous devons pour cela traverser le fameux courant du Gulf Stream qui porte vers le Nord à une vitesse de 3 noeuds. La traversée est courte, environ 40 MN, mais à ne pas prendre à la légère…

Le vent léger souffle du Sud, dans le même sens que le courant, parfait pour l’état de la mer. Mais à peine sorti de notre inlet que le courant nous emporte vers le Nord. Pour faire de l’Est nous devons prendre un cap au 130° afin de corriger la dérive.
C’est donc au près que nous arrivons le soir à Bimini Island où, une fois n’est pas coutume, nous prenons une place dans une marina afin d’effectuer les formalités d’entrées. 300 dollars et une demi-journée plus tard, tout est en ordre, nous avons un visa de 90 jours, un permis de navigation et même un permis de pêche.
Ça tombe bien car 2 jours plus tard, en visitant l’épave d’un cargo échoué au Sud de Bimini, Fred tombe sur des conches. Elle en remonte 7 très grosses (nous avons droit à 10 par jours). Notre séjour aux Bahamas commence bien !
Je déchante vite lorsqu’il faut sortir les bêtes de leurs coquilles. Marteau et burin en main, je commence par en détruire une puis, grâce à nos amis Google et YouTube, j’améliore ma technique. Et c’est un délicieux ragoût de conches que nous dégustons le soir.

Les Bahamas c’est plusieurs plateaux coralliens en plein océan. Sur ces « bancs », la profondeur excède rarement 3 mètres. En l’absence quasi totale de feux, nous ne nous risquons pas à naviguer de nuit. Pour rejoindre Nassau, la capitale, nous faisons un mouillage au milieu de nulle part. Étrange sensation de jeter l’ancre pour la nuit au large avec seulement 3 mètres de fond…

Nassau, sur Providence Island, nous laisse une impression mitigée. Beaucoup d’immeubles sont délabrés et toute une faune d’immigrés, la plupart haïtiens, déambule en ville. Y circuler le soir est fortement déconseillé. A côté de cela, un quartier artificiel rempli de boutiques accueille les milliers de touristes qui sont déversés chaque jour par 3 ou 4 paquebots. Quartier fantôme dès que les paquebots quittent le port. Pourtant Nassau est un mythe qui continue de faire rêver…
En face, séparé par un pont, sur la bien nommée Paradise Island, se trouve un autre monde réservé à ceux qui ont les moyens. Ici trône Atlantis, fastueux resort où tout est fait pour vous inciter à vous séparer de vos dollars. Curieux et fortement intéressés par le gigantesque aquarium au tarif prohibitif, nous montons une opération commando pour rentrer frauduleusement. Avec un couple de navigateurs français, nous rentrons en Zodiac dans la marina chicos qui fait partie du complexe hôtelier. Jusque-là, pas de problème, nous nous promenons ensuite comme les clients de l’hôtel. Le premier contrôle est passé sans difficulté, profitant que le garde est occupé à renseigner d’autres personnes. Plus loin ça se corse, nous nous faisons refouler à plusieurs endroits quand on nous demande de présenter le sésame, bracelet ou clef de notre chambre. Nous essayerons même avec une serviette de bain de l’hôtel négligemment posée sur l’épaule… Rien à faire. C’est finalement en empruntant une plage intérieure et en se mouillant un peu les pieds que nous arrivons à contourner les contrôles et que nous pénétrons dans le saint des saints, le fameux aquarium tant désiré. Nous pouvons y contempler à travers d’épaisses vitres ou depuis un tube transparent de nombreuses espèces de prédateurs qu’on n’a vraiment pas envie de rencontrer lors d’une baignade. Un peu plus loin dans des lagons artificiels nous voyons évoluer des raies, des tortues et encore des requins. Nous quittons cet endroit paradisiaque paraît-il par le casino où, dans la pénombre, les gens gavent mécaniquement de dollars les machines à sous ou empilent les jetons sur les tapis verts des roulettes. Au secours, vite, la sortie…

Le lendemain, après un avitaillement au supermarché du coin, nous quittons Nassau pour l’archipel des Exumas à environ 30 MN plus au Sud. A partir de là, la préoccupation première n’est plus la hauteur du mât, mauvais souvenir de l’ICW, mais la profondeur qui est vraiment très faible par endroit. Même avec notre faible tirant d’eau, vive le dériveur!, nous devons être très vigilants, d’autant plus que les cartes ne sont pas très précises et que les fonds sont parsemés de têtes de corail, parfois à moins d’un mètre. La navigation se fait souvent à vue, avec le soleil au zénith si possible, et une bonne paire de lunettes polarisantes. Les courants induits par la marée ne sont pas à négliger surtout dans les cuts, petits passages entre le banc et la mer qui peuvent être très durs, voire dangereux. Nous en ferons l’expérience quelques jours plus tard en quittant le banc avec le courant de jusant contre un petit vent d’Est de 15 nœuds. Dix interminables minutes dans un shaker, moteur à fond, pont recouvert par des déferlantes, avant de retrouver un calme relatif plus au large…ouf! Le soleil brille, les vents sont souvent faibles, ambiance relax mais attention aux nombreux pièges. D’ailleurs, on voit pas mal d’épaves…

Les îles et îlots qui constituent les Bahamas s’appellent des Cays, de l’espagnol cayo qui veut dire récif. Allens Cay est le premier où nous jetons l’ancre pour la nuit. Groupe d’îlots déserts où ont élu domicile de nombreux iguanes qui accourent dès que quelqu’un approche. L’abri, comme dans de nombreux mouillages aux Bahamas, est précaire et ne protège que de la mer, le peu de relief laisse passer les rafales de vent. Nous passons ainsi d’île en île jusque Staniel Cay où nous visitons palmes aux pieds, masque et tuba, Tunderball Grotto où fut tourné le James Bond du même nom. A l’intérieur, dans une semi pénombre, un rayon de soleil filtrant depuis la voûte, nous évoluons entourés de nombreux poissons multicolores, somptueux !
Le soir, toujours à Staniel Cay, nous jetons l’ancre devant Pig Beach, la fameuse plage aux cochons qui attire de nombreux touristes. Ces braves bêtes vivent là en liberté, se prélassant sur la plage ou dans les fourrés sous les cocotiers, et n’hésitent pas à se jeter à l’eau pour venir quémander de la nourriture auprès des bateaux qui s’approchent, étrange et surprenant spectacle…
Après Staniel Cay nous retournons un peu en arrière pour mouiller dans un endroit tranquille entre 2 bancs de sable à Little Pipe Cay, où nous sommes seuls dans un cadre magnifique. Enfin presque seuls, car le soir un homme en hors-bord s’arrête pour nous saluer. Ellie est Français et s’occupe de l’entretien d’une île privée juste à côté. On parle beaucoup bateau car il a aussi un voilier et dans la conversation Fred explique qu’elle doit recoudre la protection de l’annexe qui est en mauvaise état. Ellie a une machine à coudre professionnelle sur l’île et nous invite à venir le lendemain matin réparer la housse d’annexe. On ne s’attendait pas à ce que Fred prenne sa première leçon de couture dans cet endroit paradisiaque réservé aux milliardaires !
Nous continuons sur d’autres îlots plus petits en recherchant ceux répertoriés pour un intérêt particulier pour la plongée, épaves d’avions, de cargos et même de jeep, ou jardins de corail (coral gardens).
Mais le temps passe et nous devons rejoindre rapidement Georgetown sur l’île de Great Exuma pour accueillir nos amis Pamela et Roger qui viennent de Mystic passer une semaine avec nous. Pour cela nous devons quitter le grand banc et passer par la mer, et nous empruntons le Little Farmer’s Cut qui restera gravé dans nos mémoires, ORPAO n’ayant jamais été autant secoué de sa vie (lire plus haut)…

Une fois remis de mes émotions, je profite de ce court passage en mer sur le bord du plateau corallien pour mettre mes 2 cannes de traîne. Après plusieurs touches de barracudas, malheureusement non comestibles (à cause de la ciguatera), j’hameçonne une dorade coryphène qu’on voit se débattre un moment 200 mètres derrière puis… plus rien, plus de résistance, ça vient tout seul…
En la remontant à bord, je me rends compte qu’il en manque 1/3. Vu les traces de dents, il ne fait aucun doute qu’un requin a mangé sa part…

Georgetown sur l’île de Great Exuma est la ville principale des Exuma Cays, avitaillée 2 fois par semaine par le « mailboat » qui apporte du fret et des produits frais depuis Nassau et les Etats-Unis principalement. Le plan d’eau entre Great Exuma et Stocking Island n’offre pas moins de 18 mouillages qui attirent de nombreux bateaux. Une grande partie de ces bateaux, pour la plupart américains et canadiens, ne vont pas plus loin mais restent là une partie de l’hiver avant de reprendre leur transhumance au printemps vers le Nord, comme des oiseaux migrateurs.
La semaine avec nos amis Pam et Roger s’écoule entre ces nombreux mouillages, la météo s’étant dégradée, et nous ne faisons qu’une courte incursion au large pour faire un peu de voile et pêcher.

Le temps de remettre un peu d’ordre dans le bateau, de faire les lessives et l’avitaillement, et nous continuons notre route vers Long Island et les Ragged Islands, un archipel isolé au Sud des Exumas, direction Turcs & Caicos puis Porto Rico.

A bientôt.

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Miami, Cape Florida, Bimini, Gun Cay, Mouillage sur Great Bahama Bank, Chub Cay, Nassau, Allens Cay, Little Pipe Cay, Staniel Cay, Little Farmer’s Cay et Georgetown

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Bye-bye Miami…

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…et bienvenue à Bimini.

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Snorkeling sur une épave de cargo au Sud de Bimini.

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Massacre de conches… merci Denise pour la hache…

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Mouillage venté à Gun Cay, au Sud de Bimini.

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Vue depuis notre mouillage au milieu du Great Bahama Bank.

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Arrivée à Nassau, sur Providence Island. Au fond, l’Atlantis Resort.

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Nassau, quartier touristique près des Cruiseships.

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Visite d’Atlantis Resort…

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…et de son immense aquarium.

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Ravis d’avoir économisé l’entrée.

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Allens Cay et ses iguanes.

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Ponton farniente sur une île privée.

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Les Exuma Cays, archipel au milieu des Bahamas.

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Mouillage entre les nombreux bancs de sable à Little Pipe Cay.

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Autour de nous, que des îles privées…

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…où Fred prend une leçon de couture avec les conseils d’ Ellie.

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Pig Beach près de Staniel-Cay.

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Celui-là, on aurait pu le prendre et le manger…!

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Mouillage type dans les Exumas, bancs de sable et forts courants de marée.

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Belle Dorade Coryphène, dommage qu’il manque la queue.

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Vue sur Elisabeth Harbor, Georgetown, depuis Stocking Island Monument.

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Ici en rando avec Roger.

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L’incontournable Bar Chat’n Chill sur Stocking Island…

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…et sa plage à deux pas, ou deux coups de palmes, du bateau.

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Après la baignade avec Pam et Roger…

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…les cocktails. On se croirait en vacances…

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Le soir, ravitaillement en conches auprès des pêcheurs.

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Un des nombreux mouillages autour de Georgetown.

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Ca va nettement mieux à beacher avec des roulettes.

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Conseil de poisson menacé d’extinction…

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Et le soir, coucher de soleil, toujours diffèrent.

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Juillet à Terre-Neuve dans le brouillard, c’était pas mal. Mais février aux Bahamas, c’est sympa aussi.

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 Responses to Les Bahamas, de Bimini aux Exumas

  1. Avatar de PAUL HUCKERT PAUL HUCKERT dit :

    Chers Frédérique & Bruno, Très bien votre blog, surtout pour nous qui avons fait cette route en sens inverse Salutations amicales et bon vent. P&M

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  2. Avatar de MarieAnne Drisch MarieAnne Drisch dit :

    Merci. Bisous. Envoyez-nous un peu de soleil bien réchauffant.
    MarieAnne.

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  3. Avatar de JACKIE DELOZANNE JACKIE DELOZANNE dit :

    Coucou, je viens de retrouver ce récit qui était passé inaperçu. L’aventure continue faite de bons moments et d’autres plus compliqués. Je vous embrasse.

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