Du 13/02 au 11/03/2019
Nous sommes le 13 février, il est 8h30. Après avoir salué au passage nos amis québécois des voiliers GRAND FRAIS et RIPOSTE, et nos amis américains de CAMELOT, nous quittons Georgetown et les Exumas sous un gros grain. 25/30 noeuds de vent, pluie à l’horizontal, visibilité nulle, j’attends patiemment bout au vent entre les récifs que cela se calme…
Cap est mis ensuite sur le Nord de Long Island, qui s’étire du Nord au Sud sur 80 MN.
Cette île est un véritable mur qui bloque la grande houle atlantique et tempère les vents d’Est. Au-delà, bienvenue dans un autre monde, le monde du près… Pour ceux qui n’y connaissent rien en voile, c’est quand on veut aller là d’où vient le vent. Et c’est notre cas… On a coutume de dire en France « 2 fois la route », car il faut tirer des bords et « 3 fois la peine » car les conditions de navigation sont plus dures : le vent s’additionne à la vitesse du bateau et le fait gîter et taper dans les vagues.
On en profite quand même pour visiter Conception Island (réserve naturelle) et Rum Cay (réputée pour la plongée) avant de rejoindre Clarencetown à l’Est de Long Island, où nous serons bloqués par un puissant Alizé de 25 noeuds. Au bout de 4 jours dans ce bled paumé, la situation ne s’arrange guère et nous décidons de retourner à Georgetown. Cela fait 8 jours que nous sommes partis et nous avons besoin de nous réapprovisionner en produits frais… or ici on ne trouve que des commerces abandonnés et une coopérative agricole désertée…
Après un retour express au portant, en compagnie du voilier français HUAPAE qui remonte des Antilles, nous retrouvons avec joie nos amis québécois et aussi le catamaran TAO de Michel et Nathalie qui avaient perdu une hélice et attendaient patiemment (5 semaines…!) des pièces pour en remonter une. Heureuse surprise aussi de revoir une vielle connaissance, que nous avions rencontrée au Brésil puis revue dans les Antilles, le voilier OBIONE avec Michel et Mael, père et fils.
Après 2 soirées sympas ensemble et un nouvel avitaillement au petit supermarché du coin, nous repartons. 24 février, cette fois-ci est la bonne ! Les conditions sont plus clémentes et nous permettent de rallier l’archipel de Turks et Caïcos à 300 MN au vent, en panachant voile et moteur, en 2 longues étapes avec seulement une escale au NE de Acklins Island, et en passant de nuit près de Mayaguana (extrême Est des Bahamas) sans nous arrêter.
Après Long Island, nous ne voyons plus grand monde. Les Îles du Sud des Bahamas se méritent, les mouillages sont plus exposés et souvent rouleurs, et il n’y a plus aucune infrastructure… Les rares bateaux que nous rencontrons sont ceux qui remontent des Antilles avec le vent ou qui, comme nous, s’obstinent à aller contre le vent.
Mais pourquoi aller dans cette direction alors que nous avions prévu d’emprunter le Windward passage pour rejoindre Cuba et le Guatemala avec des vents portants?
Et bien c’est simple, ORPAO n’est pas prêt pour passer Panama et traverser le Pacifique. Ayant parcouru plus de 20.000 MN depuis notre départ, certains équipements ont besoin d’être remplacés et diverses améliorations nous paraissent nécessaires. Nous pensions faire ces travaux au Guatemala lors de la prochaine mise à terre d’ORPAO, mais en parlant avec des navigateurs qui reviennent du Guatemala ou de Panama, nous nous sommes rendus compte qu’on ne trouve aucun équipement sur place. La main d’œuvre locale est bon marché et pleine de bonne volonté (pas forcément compétente) mais il faut apporter le matériel…ou l’importer, avec de lourdes taxes.
Alors du coup, retour en France, enfin presque ! Nous allons au Marin, en Martinique. Là-bas je vais pouvoir faire réviser le radeau de survie chez un agent agrée Zodiac, faire réparer le dessalinisateur chez un agent agrée également, acheter de l’antifouling spécial bateau aluminium, installer de nouveaux panneaux solaires et de nouvelles batteries, revoir le système électrique d’ORPAO, améliorer le système du frigo (peut-être remplacer le compresseur…), etc… J’aurais pu trouver certaines choses à Cancún au Mexique, sur la route vers le Guatemala, mais ne parlant pas espagnol je préfère négocier et parler technique en zone francophone. Et retourner aux USA où l’on trouve tout, mais où le prix de la main d’œuvre et des marinas est exorbitant, et où le système non-métrique est un casse-tête, ça ne nous tente pas. Le défi est que la Martinique se trouve à environ 1.000 MN au vent des Alizés…Nous progressons donc à la faveur de courtes fenêtres météo. Dès que le vent baisse un peu et tourne légèrement au NE, on y va.
Aujourd’hui, nous sommes à Grand Turk, capitale des Turks et Caïcos, ville fantôme s’animant uniquement lors des escales de grands bateaux de croisière. Pour éviter de payer 300$ US de droit de navigation comme aux Bahamas, nous faisons un transit à Turks et Caïcos sur une semaine. Mais cela nous coûte quand même 130$ US ! Les formalités d’entrée et de sortie quand on arrive en bateau représentent un budget non négligeable. Ça ne nous dérangerait pas si cet argent était réinvesti dans des services ou infrastructures pour les navigateurs (sécurité en mer, garde-côtes, entretien des phares et bouées d’aide à la navigation…) mais ce n’est pas le cas…
Tant les Bahamas que l’archipel de Turks et Caïcos sont des anciennes colonies britanniques et font partie du Commonwealth. Historiquement, ces îles situées sur des plateaux coralliens peu accessibles (peu profonds et entourés de récifs) sont restés en dehors des grandes routes commerciales et du développement économique. Elles ont été successivement le repère de pirates, lieux de contrebande, terre d’accueil de Loyalistes britanniques fuyant les Etats-Unis et tentant quelques plantations (peu fructueuses faute d’eau et de terre) puis laissées aux anciens esclaves et leur descendants. Après quelques décennies meilleures grâce à l’exploitation des salines, tant les Bahamas que les Turks et Caïcos vivent aujourd’hui du tourisme et de la finance internationale.
On y retrouve un contraste presque indécent entre l’opulence des « resorts » de luxe (60% de l’économie) accueillant une majorité de touristes américains et la pauvreté criante des habitants des îles, entre une multitude de banques internationales et de sociétés offshore qui profitent d’un système créé par et pour la « détaxe », et le manque de développement local. Beaucoup de constructions faites de bric et de broc, parfois même de grosses installation touristiques ou marinas, sont endommagées voire détruites suite aux ouragans successifs et des quartiers entiers (parfois des îles entières) sont déserté(e)s… De nombreux projets sont à l’abandon depuis la crise financière de 2008 (il y a pourtant plus de 10 ans…) comme en attestent les fondations qui tombent (déjà) en ruine.
Tout est importé, y compris les produits de base, et les prix sont 2 à 3 fois ceux des Etats-Unis… on se demande comment font les locaux pour survivre.
Montagne de déchets, alcool, drogue, misère… on est loin des images « paradisiaques » des revues marketing. C’est sûr, nous repartons d’ici avec un goût amer…
Si la météo se confirme, dans 2 jours nous pourrons mettre le cap sur le passage Mona entre la Republique Dominicaine et Puerto Rico, à 300 MN.
Suite au prochain blog !

De Georgetown, Bahamas, à Grand Turk, Turks et Caïcos.

CAMELOT et nos amis Keith et Rose qui nous accompagnent lors de notre première visite à Long Island.

La poste de Salt Pond sur Long Island…

Clarencetown côte Est de Long Island, protégée par les récifs de la houle du large.

L’épicerie qu’on a enfin trouvée…

…sa petite marina où il est interdit de se baigner…

…de toutes façons, on n’avait pas envie.

Couscous sur ORPAO avec l’équipage familial de HUAPAE avant notre retour à Georgetown…

…où on retrouve nos sympathiques amis québécois Hugues et Martine…

…et sur TAO Mael, Michel, Nathalie et l’autre Michel qui prend la photo.

Ce grain là ne sera pas pour nous.

Celui là, oui.

Le balisage est inexistant aux Bahamas. Ce rocher « Umbrella Rock » indique l’entrée de Atwood Harbor au NE de Acklins Island…

Dépannage d’un pêcheur en panne de hors-bord et pris en remorque.


Mouillage devant Sapodilla Beach à Providenciales aux Turks et Caïcos…

…où nous faisons les formalités d’entrée au port de commerce. Gilets et casques obligatoires.

Partout des épaves. Ici à South Caïcos.

De délicieux lambis (conches) directement du pêcheur…

…au consommateur.

2 fois par semaine c’est l’effervescence… le petit ferry dessert South Caïcos.

Ravitaillement en fuel. La pompe et le ponton ont disparu lors d’un ouragan.

Un peu partout, des ânes divaguent dans des quartiers dévastés.

Cockburn Town sur Grand Turk, dernière escale aux Turks et Caïcos Islands.

Vue depuis notre mouillage.

Derrière les belles façades, voila dans quoi les gens vivent.

Dans les salines à l’abandon, il ne reste que les flamants roses.

Malgré tout, certains ont de l’humour.

ORPAO devant Cockburn Town, la capitale fantôme.
Eh bien voilà une boucle qui se referme et votre retour bientôt en Martinique où nous nous sommes loupés il y a déjà deux ans. Vous allez être aux avant-postes pour attendre la saison des cyclones. Le bateau sera peut-être au sec pour les travaux? Bonnes navigations jusque Août et n’oubliez pas de nous appeler quand vous serez de retour. J’ai du bon rhum de la Martinique. Bises
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Quand vous passerez par la Picardie, venez donc manger un couscous à la maison, vous êtes les bienvenus. Merci pour ce journal de voyage que je lis avec intérêt. Bonne suite d’aventures sur les mers du globe. Bises et à bientôt
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