Les Marquises, Nuku Hiva.

du 04/08 au 08/09/2020


Kaoha nui les amis (bonjour en marquisien)


Les Marquises… Te Fenua Enata (La Terre des Hommes en marquisien)…

Nous sommes arrivés il y plus de 2 mois à Nuku Hiva, l’île principale du Nord de l’archipel. Depuis le temps s’est arrêté, internet aussi… Quel contraste avec ce que nous avons connu auparavant…! Nous sommes au milieu du Pacifique, à 1.500 km de Tahiti, plus de 15.000 km de Paris, avec un décalage horaire de 11h30, sur une terre chargée d’histoire où il n’y a pas si longtemps de redoutables guerriers s’affrontaient et où il n’était pas rare que l’un d’entre eux passe à la casserole…

Taiohae, Hoomi, Anaho, Hatiheu, Pua, Haahopu, Hakatea et retour Taiohae.

Aujourd’hui, même si certains marquisiens musclés et couverts de tatouages ont l’air féroce, les habitants sont accueillants et très souriants. Ils sont très attachés à leur culture ancestrale. Il faut dire qu’ils reviennent de loin. En 1800, il y avait plus de 100.000 habitants… aujourd’hui, un peu plus de 9.000 sur l’ensemble des 6 îles habitées de l’archipel… Les maladies amenées par la colonisation ont décimé la population qui a bien failli disparaître (début 1900, il restait à peine 2.400 marquisiens…).

Drapeau des Marquises à gauche et de Polynesie Française à droite

La petite ville de Taiohae sur Nuku Hiva (aux Marquises, on prononce toute les lettres d’un mot et les « u » se disent « ou »), environ 1.700 habitants, est la plus peuplée de l’archipel. C’est la « capitale » des Marquises. Le mouillage est très agité et le bateau roule beaucoup. Difficile de se reposer dans ces conditions mais le paysage qui nous entoure est somptueux et la lumière très particulière. Nous sommes entourés de falaises abruptes et de pics vertigineux, au milieu d’une caldeira gigantesque. 

Mouillage de Taiohae…
…dominé par un Tiki géant.
Retour de pêche…
…et poisson à sécher sur les quais.

A terre, la vie s’organise autour d’un centre administratif, d’un petit hôpital, d’une poste, d’une gendarmerie, d’une banque, plusieurs épiceries et deux snacks.
Nous en profitons pour faire quelques courses, très onéreuses, 2 à 3 fois plus cher qu’en métropole. Seuls quelques produits de première nécessité, repérés par des étiquettes rouges sont au même prix qu’en France. Ça fait mal quand on passe à la caisse, d’autant plus que nous payons en franc pacifique, 12.000 cfp pour 100 €.

Les jolis francs Pacifique. On a l’impression d’être très riches.
Puaka Toto (boyaux), plat de fête quand on tue le cochon. Exquis. Mais faut pas regarder ce qu’on mange.


Il y a aussi une prison ayant accueilli des opposants au régime de Napoléon et qui possède une dizaine de cellules. Plus étonnant, six d’entre elles sont occupées et nous rencontrons un détenu qui se promène librement autour du bâtiment… les gardiens eux, sont à l’intérieur, dans un local climatisé… Il nous explique qu’il peut sortir pour prendre l’air autour de la prison mais sans dépasser le périmètre du terrain qui n’est pas clôturé. Au-delà, il serait considéré comme évadé et renvoyé illico en centrale à Papeete, loin de sa famille qui lui rend visite régulièrement et lui apporte à manger. Il lui reste 5 ans à « tirer » sur les 7 de sa peine. Il s’estime chanceux de pouvoir les passer sur son île… 

Le Taporo (cargo) et l’Aranui (cargo et passagers en croisière) assurent l’approvisionnement des Marquises toutes les 3 semaines. Ils sont le véritable cordon ombilical avec Papeete sur Tahiti. Des avions d’Air Tahiti assurent aussi la liaison et un hélicoptère est dédié aux évacuations sanitaires inter-îles. Tahiti est un peu le « Bruxelles » de la Polynésie Française au niveau administratif et gère d’ailleurs un territoire aussi grand que l’Europe mais avec seulement 300.000 habitants, la plupart aux Iles de la Société (Tahiti et ses îles voisines).

L’Aranui 5 à quai à Taiohae.

Nous commençons la visite de Nuku Hiva par le petit mouillage de Hooumi, à l’Est, qui donne accès à la vallée de Taipivai, à l’endroit même où en 1842 l’écrivain américain Herman Melville (Moby Dick) s’est évadé du baleinier sur lequel il était embarqué et a vécu parmi les redoutables habitants de la vallée. Cette expérience lui inspira les deux romans « Homoo » et « Taïpi ». Nous marchons sur ses traces jusqu’au village de Taipivai avec nos amis Marc et Sylvie du voilier IROISE que nous avions déjà rencontré au Cap Vert, au Brésil et aux Antilles. Nous allons à la rencontre des habitants de la vallée et revenons chargés de toute sorte d’agrumes. 

Mouillage de Hooumi.
De Hooumi à Taipivai.
Interdiction très peu respectée.

Après avoir contourné l’île par l’Est, nous jetons l’ancre dans la baie de Anaho, un des meilleurs mouillages des Marquises. Ici aussi le décor est somptueux et le mouillage, bien que venté, s’avère calme au niveau de la houle. Nous en profitons pour abandonner le bateau le temps d’une randonnée qui nous emmène via un col au village de Hatiheu, que nous rejoignions quelques jours plus tard avec ORPAO. Dans cette même baie nous vivons un moment extraordinaire en nageant entourés d’une vingtaine de raies Manta de 3-4 mètres d’envergure… Magique !! 

Mouillage de Anaho vu depuis la plage…
…depuis le bateau…
…et depuis le col entre Anaho et Hatiheu.
Chez le maraicher près de Anaho…
…où nous faisons le plein de fruits et légumes.
Mouillage d’Hatiheu…
…à l’heure de la sieste.
Baignade avec les raies Manta.
Visite d’un marae, ancien village…
…lieu de vie…
…et lieu de culte.
Représentation des 6 îles habitées des Marquises.

Le nord de Nuku Hiva n’offre pas beaucoup de possibilités de mouillage mais malgré tout nous faisons un stop dans la baie non hydrographiée de Hakaehu, au pied de la vallée de Pua. Calme absolu, une plage avec des chevaux et quelques maisons en bois où vivent deux familles. 

Côte nord de Nuku Hiva. On n’a pas vraiment envie de s’arrêter là…
…mais finalement, un peu plus loin… Pua, baie non hydrographiée, où nous passons une nuit au calme.

A l’Ouest de l’île, nous restons quelques jours dans la baie de Haahopu, un des rares mouillages de faible profondeur, devant une plage de sable blanc. Nous en profitons pour nettoyer la coque sous l’œil menaçant de plusieurs requins. Pas très rassurant….

Haahopu, sous le vent de Nuku Hiva.

Avant de boucler notre tour de l’île, nous faisons un dernier mouillage dans l’anse de Hakatea, qui donne accès à la vallée de Hakaui. L’entrée est spectaculaire ! 

Baie de Hakatea entourée de falaises.

Poussés par un vent fort et une grosse houle, nous pénétrons dans ce mouillage bordé de falaises culminant à 300 mètres en surfant sur les vagues avant de tourner à 90 degrés sur la droite et trouver un plan d’eau calme pour jeter l’ancre. On se dit que cela va être chaud pour ressortir… !! 

C’est ici que nous faisons notre première belle rencontre avec un couple de marquisiens. Après une petite marche d’une 1/2 heure et le passage d’une rivière, nous arrivons dans la vallée de Hakaui où nous rencontrons Kua et Teiki qui y vivent et cultivent des fruits et légumes. Ici, pas de téléphone, hormis la cabine téléphonique publique au coin du terrain pour des urgences, pas d’Internet, l’eau vient de la rivière et l’électricité est fournie par panneaux solaires. Nous sympathisons très rapidement. 

Le lendemain nous remontons la vallée de Hakaui, sous un véritable déluge, jusqu’à une grande cascade, dite « la plus haute de Polynésie ». Cette rando nous fait franchir par 3 fois une rivière grossie par les fortes pluies. Heureusement que nous sommes grands… l’eau ne dépassera pas la hauteur de la taille. Nous arrivons trempés chez Kua et Teiki qui nous ont préparé un bon kaikai (repas) au barbecue pour nous requinquer et nous réchauffer. Nous passons le reste de la journée à parler de leur mode de vie et du nôtre. Ils connaissent bien « les voileux » comme ils disent et ont lié beaucoup d’amitié avec certains. Nous nous retrouvons encore le jour suivant, cette fois-ci, invités pour manger du poisson cru au lait de coco, partager nos photos de mariage et bricoler le bateau de Teiki qui a des problèmes de démarrage. 

Rando dans la vallée de Hakaui…
…jusqu’à la chute d’eau de 300 mètres.
Petite pause avant de rentrer.
Partout sur le chemin des vestiges du passé. Ici un petit Tiki.
Repas chez Kua et Teiki…
…et réparation du bateau de Teiki.

Nous nous rendons compte que malgré la vie chère, les marquisiens, proches de la nature, vivent plutôt bien. Ils ne vont à l’épicerie que pour acheter ce qu’ils ne trouvent pas autour d’eux. Ils ont à leur disposition volailles, cochons sauvages, vaches, chèvres, poissons… et les fruits et légumes ne demandent qu’à pousser sur cette terre fertile copieusement arrosée. Ils récoltent aussi les noix de coco pour les faire sécher et récupérer la coprah (la partie blanche à l’intérieur) qui sera ensuite envoyée à Tahiti pour être transformée en huile, base du fameux monoï.

La sortie de la baie de Hakatea s’avérera aussi spectaculaire que l’entrée. Au moteur, appuyé par la grand-voile, nous tirons des bords contre le vent et la houle d’Est pour rejoindre Taiohae et boucler ainsi notre tour de Nuku Hiva.

Voilà un article qui arrive bien tard mais la plupart du temps nous n’avons pas accès à internet ou alors le débit n’est pas suffisant pour mettre à jour le blog. 

J’espère que la suite de nos récits vous fera un peu voyager ou rêver par les temps qui courent et les restrictions de déplacement imposées par la propagation du Covid 19. Ici, jusqu’à maintenant, nous étions épargnés mais depuis quelques semaines le virus circule aux îles de la Société (surtout Tahiti, Bora-Bora et Moorea) et depuis quelques jours aussi aux Marquises. Prudence donc. 

A bientôt pour la suite !! 

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