Du 9/09 au 11/10/2020
Passer d’une île à l’autre aux Marquises, c’est se retrouver en haute mer instantanément, affronter une houle courte de 2/3 mètres et un vent soutenu de secteur Est. Quand on est au portant, pas de difficulté. Mais quand il faut remonter au vent ça se corse… Les îles sont orientées sur un axe Nord-Ouest / Sud-Est. Nuku Hiva se trouvant au Nord-Ouest, pour visiter les îles du Sud, nous devons remonter l’alizé. Nous décidons donc de mettre le cap sur Ua Huka 30 MN à l’Est en tirant des bords. Cela nous permettra ainsi d’avoir un meilleur angle pour rejoindre ensuite l’île de Tahuata.
Nous arrivons à la tombée de nuit et mouillons dans la très belle baie de Haavei, sous le vent de deux îlots grouillants d’oiseaux.



Le lendemain matin, après avoir démêlé la chaîne de mouillage prise dans les rochers, nous rejoignons, toujours bout au vent (force 5/6 et vagues de 2/3 mètres), les mouillages de Hane et la baie de Vaipaee sur la côte Sud avec l’idée de descendre à terre.
Peine perdue, la houle est trop forte et nous revenons nous abriter sous le vent de l’île. Nous trouvons refuge dans une magnifique petite crique non cartographiée à l’Ouest, dans l’Anse Hatuana, eau translucide, sable blanc et baignade avec un gros requin. On a du mal à s’y habituer… Finalement, après le dîner, vers 21h00 nous levons l’ancre pour un long bord de 75 MN au près, sous voilure réduite, pour arriver au Sud de Tahuata le lendemain vers midi.

Nous sommes à Hapatoni, petit village d’une centaine d’âmes. La baie de Hanatefau où nous avons jeté l’ancre est fréquentée par de nombreux dauphins. Il paraît que c’est une sorte de nurserie. Dès le matin, par les hublots ouverts de notre cabine, nous entendons leur souffle. Ils sont des dizaines à évoluer autour du bateau, à sauter, à faire des vrilles et à taper dans l’eau.






Cette petite île à proximité de Hiva Oa est réputée pour ses artisans, spécialisés dans la sculpture sur bois et sur os. Travail magnifique qui sera envoyé à Papeete pour alimenter les boutiques de souvenirs ou, pour les pièces les plus rares et coûteuses, revendues aux collectionneurs.
Nous apercevons Olivier de Kersauson qui vit en Polynésie et fait escale avec son trimaran géant à moteur à Hapatoni.





Nous rejoignions ensuite Vaitahu, le village principal, par une piste créé il y a 100 ans par la Reine Vaekehu qui, pour unifier les nombreuses vallées en les reliant, fit cesser les guerres tribales sur l’île. Quatorze kilomètres aller-retour avec de fortes déclivités, à travers une jungle digne de Jurassic Park. Nous irons aussi mouiller devant ce village mais les fortes rafales de vent catabatique nous dissuaderons de rester.

Nous trouvons le calme et la quiétude plus au Nord dans la baie de Hanamoenoa. Eau claire, plage de sable blanc sous des cocotiers… où nous rencontrons Steven, un marquisien qui vit là seul, sans eau ni électricité. Il entretien difficilement un potager et quelques cochons et poules. Chaque jour, avec son kayak, il va chercher l’eau nécessaire à ses cultures dans la baie voisine. Vie difficile avec beaucoup de contraintes mais c’est son choix et il apprécie sa liberté et la proximité avec la nature. Steven nous parlera longuement de pratiques et coutumes ancestrales, de chamanisme et des herbes médicinales, sujets rarement abordés par les marquisiens et rendus tapu (tabou) par la religion catholique.


Au Nord de l’île, nous empruntons le Haava ou Canal du Bordelais, entre Tahuata et Hiva Oa. Dans ce passage étroit se concentrent l’alizé et les courants. C’est grand-voile à 2 ris appuyée par le moteur que nous remontons le vent qui souffle à 35 nœuds, dans une mer courte de 2/3 mètres… Le régime de bananes suspendu au portique arrière ne résistera pas aux chocs répétés et nous récupérerons les bananes au fond de l’annexe, heureusement, elle aussi sous le portique. Deux heures plus tard nous sommes mouillés dans la baie de Tahauku à Hiva Oa, l’arrière accroché à un gros corps-mort pour stabiliser le bateau et réduire l’évitement. Il faut dire que l’endroit est particulièrement agité.


J’en profite pour enfin récupérer le GPS sous garantie envoyé de France début juillet (en remplacement de celui qui a pris la foudre à Panama) au terme de nombreux échanges avec transitaire et douanes de Papeete, et après avoir acquitté des frais exorbitants…
Sur place nous rencontrons Vincent, le sympathique propriétaire de l’unique chantier naval des Marquises et nous décidons de réserver une place à terre pour ORPAO de fin novembre à début mars. Nous pensions laisser le bateau à Hawaï pour la même période mais vu les incertitudes liées à la pandémie du Coronavirus, notamment les ouvertures de frontières, nous préférons assurer le coup et être sûrs de pouvoir retrouver notre bateau. Il sera encore temps de monter à Hawaï en mars et vers l’Alaska en juin si tout va bien…
Hiva Oa est peut-être l’île la plus connue des Marquises car le peintre Paul Gauguin et plus récemment Jacques Brel y ont vécu et fini leurs jours. Un centre culturel à Atuona leur est dédié. On peut y découvrir l’œuvre du peintre au travers de nombreuses reproductions des différentes périodes et styles de ses œuvres. Plus loin sous un hangar, Jojo, l’avion de Jacques Brel, trône au milieu des nombreux souvenirs qui ont marqués sa vie. Il est arrivé aux Marquises en bateau comme nous mais la maladie a eu raison de son projet de tour du monde. Leurs tombes distantes l’une de l’autre de quelques mètres surplombe la baie d’Atuona. La vue est magnifique. Sous l’émotion nous nous posons pour écouter sur le téléphone la chanson de Jacques Brel « Les Marquises ». Une phrase en particulier traduit bien l’esprit marquisien : « Le rire est dans le cœur, le mot dans le regard. Le cœur est voyageur, l’avenir est au hasard. »








Le week-end arrive et nous retournons à l’île de Tahuata, où nous retrouvons l’équipage familiale du voilier Baba autour d’un méchoui de cochon sauvage à Vaitahu, chez Jimmy qui organise également un bingo. Les fonds récupérés à cette occasion sont destinés à aider une personne malade qui a été évacuée vers Tahiti, c’est une des traditions de solidarité des îles. Journée sympathique qu’on paiera très cher. Le lendemain nous sommes tous les deux malades… nos estomacs et intestins font leur prières. Une bactérie devait sévir dans le cochon, la sauce bbq ou l’eau du robinet… Nous repassons ensuite chez Cyrille, le sculpteur à Hapatoni, quelques milles plus au Sud pour une commande spéciale… nous désirons faire graver des symboles Marquisiens sur un rostre plat d’espadon. Il sera prêt dans 15 jours. Puis nous mettons le cap sur Fatu Hiva,l’île la plus au Sud de l’archipel.

Nous jetons l’ancre dans la magnifique baie de Hanavave, baptisée, à la vue de l’érection de nombreux pics volcaniques, « baie des Verges » par les premiers explorateurs. Les missionnaires se sont ensuite empressés de la rebaptiser « baie des Vierges« …

Les gens ici (et en général aux Marquises) sont très pratiquants, catholiques fervents. Ils se réunissent le soir pour des prières et des chants et remplissent les églises le dimanche matin. Les deux villages de la plus petite île habitée, Hanavave et Omoa, sont reliés par une longue et tortueuses piste de 17 km à travers la montagne, pour 4 km à vol d’oiseau. Mais de nombreuses barques font la navette entre les deux villages en un quart d’heure.

A Hanavave nous faisons la connaissance de plusieurs artisans qui travaillent le bois ou les coquillages. Christian, Marc et à l’écart du village, Jacques et Désirée, qui nous accueillent chaleureusement chez eux. Désirée cultive des plantes médicinales et nous fait goûter une compote maison de nonni/miel, un fortifiant et anti douleurs/courbatures à prendre le matin. Nous repartons avec un bocal, des manges et des papayes, et repassons par chez Christian qui nous a proposé des oranges. Comme souvent nous rentrons au bateau un sac rempli de fruits.

A Omoa, deux autres spécialités artisanales sont la fabrication de yukulélés et de tapas, dessins à l’encre sur écorce d’arbre. L’écorce détachée de l’arbre est aplatie avec une sorte de batoir en bois jusqu’à ressembler à du carton, puis séchée, parfois teintée avec des épices, et enfin décorée de motifs Marquisiens.
En plus de l’exportation de la coprah et des fruits, l’artisanat apporte un revenu substantiel aux habitants de ces îles isolées où il y a très peu d’autres ressources.






Notre prochaine escale, la pointe Nord-Est de Hiva Oa, mais c’est une autre histoire.
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