Polynésie française (suite) – Des Marquises aux Tuamotu (Fakarava)

Du 28/07 au 15/10/21

Comme pour tout le monde, notre quotidien a été un peu, voire beaucoup, impacté par la circulation du virus de la Covid 19… Au fil des confinements successifs, couvre-feux et fermetures des frontières, il a fallu s’adapter… Notre retour sur ORPAO prévu début mars 2021 a dû être reporté à plusieurs reprises car la Polynésie était fermée. C’est finalement fin juillet que j’ai rejoint le bateau resté sur l’île de Hiva Oa, aux Marquises. Seul, car Fred est restée à Bruxelles avec sa maman souffrante et qui devait se faire opérer.

Arrivée à Hiva Oa après 3 jours de voyage.


Comme à chaque fois que je reviens sur ORPAO, beaucoup de travail m’attend. C’est un mois d’août complet que je passe au chantier à remettre le bateau, qui est à terre depuis décembre 2020, en état de naviguer. 

Remontage du dessalinisateur.
Travaux électriques et électroniques.
Travaux mécaniques.
Travaux de menuiseries.
3 couches d’antifouling, etc…etc…
Journée de repos et balade sur les routes sinueuses du nord de l’ile…
…l’occasion de découvrir les sites abritant les Tikis géants.
Vue sur le chantier depuis la route sur les hauteurs de Atuona.
Une semaine gratuite sur le bateau à celui ou celle qui trouvera ORPAO dans tout ce bazar…!
Et enfin la mise à l’eau.

Une fois à l’eau, je mets le cap sur l’île voisine de Tahuata pour me reposer. Je retrouve avec beaucoup de plaisir la baie de Hanamoenoa, un des meilleurs mouillages des Marquises, si ce n’est le meilleur. Sable blanc, cocotiers et mer calme. Malheureusement, triste nouvelle, j’apprends le décès accidentel de Steven, le marquisien qui vivait sur cette plage en autarcie. Nous l’avions rencontré l’année dernière et avions passé du temps ensemble. Paix à son âme. 
Le mois de septembre s’écoule tranquillement au rythme de quelques allers-retours entre Tahuata et Hiva Oa pour faire des courses. 

Passage du TAPORO…
…et de l’ARANUI qui ravitaillent les Iles Marquises.
L’ARANUI rentré au chausse pied dans la petite baie de Tahauku à Hiva Oa.
Mouillage de Hanamoenoa sur Tahuata.
J’en profite pour faire de la couture…
…et installer un système de récupération de l’eau de pluie, simple et efficace.
Et aussi récupérer le jus des citrons pour faire de la citronnade plus tard.

Avec Lionel, un autre navigateur, nous allons relever les pièges à cochons qu’il a posés dans les bois derrière la plage. Et c’est la viande de 2 belles bêtes mi-cochon mi-sanglier que nous ramenons aux bateaux. L’occasion de faire des barbecues avec les équipages des autres voiliers.

Cochon tué…
…nettoyé…
…et vidé.
Provisions de fruits et légumes offertes spontanément par un habitant de Tahuata.
Voila ce qui arrive quand on mouille dans les coraux.


Enfin, le 1er octobre, je décide de partir vers les Tuamotu, à Fakarava précisément, première étape d’une longue route pour rejoindre Tahiti où je vais retrouver Fred le 28. La météo n’est pas très engageante mais si je reste, le vent va tomber et je devrai attendre encore. Je vais naviguer en solitaire au grand large. C’est une première pour moi et j’ai l’estomac un peu serré…

Une grande partie de mon équipement de sécurité vérifié avant le départ.

Je quitte l’île de Tahuata vent de travers avec de l’ESE 25 noeuds, houle d’Est de 2,5/3 mètres, croisée avec une houle de SW 1,5 m. J’ai pris 2 ris dans la grand voile et le génois est déroulé au 2/3. Dès le départ, le bateau se cale à 9 noeuds, escalade et dévale des pyramides d’eau. Ce n’est pas très confortable mais au moins ça va vite. L’estomac se desserre un peu mais pas possible de cuisiner dans ces conditions. Je dois même tenir la cafetière sur la gazinière montée sur cardans sinon elle est éjectée…
Le premier jour le bateau parcourt 190 MN. Le deuxième 180 MN. Finalement les 540 MN qui me séparaient de Fakarava sont avalés en 3 jours. 


Ca souffle déjà fort en quittant le mouillage.
Et c’est parti…!

Pendant ces 3 jours et 3 nuits,  il a évidement fallu que je dorme… A deux, nous faisons des quarts pour assurer une veille visuelle permanente mais seul, impossible. Alors quand je suis très fatigué, je vais me coucher quelques heures… La radio VHF en veille sur le canal 16, une alarme de proximité sur l’AIS (dispositif d’identification des bateaux) et une alarme de proximité radar pour détecter les obstacles et repérer les grains. 

Bien calé par une toile antiroulis sur la banquette du carré, j’ai du mal à trouver le sommeil quand même… Je me dis que je vis une expérience peu courante, que peu d’hommes ont l’occasion de vivre. 

J’ai tout prévu. Près de la descente, j’ai 2 sacs étanches avec du matériel de survie, de signalisation et de communication. Le radeau de sauvetage est suspendu à l’arrière du bateau, prêt à être mis à l’eau en cas de gros pépin. J’ai sur moi un gilet de sauvetage à gonflage automatique. Une sangle me relie au bateau quand je quitte le cockpit pour faire des manœuvres en pied de mât. Mais rien n’y fait, je ne suis pas très rassuré…

Il ne faut pas que je me blesse, ni que je tombe à l’eau, ce serait fatal. Je ne sais pas trop comment vous expliquer mon ressenti pendant cette traversée… alors sans vouloir me comparer à d’illustres navigateurs et toutes proportions gardées (je ne suis pas en course autour du monde…), je voudrais citer un passage du livre de Olivier De Kersauson « Océan’s Songs » page 30, qui résume bien mon état d’esprit à ce moment-là. C’était pendant son tour du monde en solitaire en 1989 :

« J’ai ressenti là le vertige de la solitude, cette sensation de la mise en orbite. D’être en quelque sorte le satellite du pauvre qui tourne dans sa petite capsule en carbone. Le Pacifique permet à l’homme de retrouver cette innocence archaïque qui procure un frisson vertigineux : être libre et en même temps prisonnier du monstre. D’être au fond un homme revêtu d’une peau de bête qui poursuit le soleil et l’accompagne dans son coucher. D’être le dernier homme de la réserve. »

Heureusement, tout c’est bien passé mais le fait d’être seul responsabilise au plus haut niveau l’individu et fait peser ce poids sur ses épaules. C’est autre chose que de conduire un TGV à 300 km/h…!

Repère pour l’atterrissage à Fakarava Nord.


Je reste aussi particulièrement vigilant à l’approche des Tuamotu surnommé « l’archipel dangereux » à cause de l’imprécision des cartes et des forts courants qui sévissent entre les atolls. La dernière nuit, je suis littéralement aspiré par l’atoll de Kauekhi. Je dois manœuvrer et changer de cap pour m’éloigner de ce danger. Je ne le vois pas mais j’entends la mer se briser sur la barrière de corail.
J’arrive à Fakarava par la passe Nord à mi-marée montante, coefficient de 90. En principe on doit emprunter les passes à l’étale de marée pour éviter tout risque dû aux courants de sortie, qui peuvent dans certains cas atteindre 10 noeuds avec mascaret et déferlantes. Ici, je suis face à la passe la plus large des Tuamotu, 1 MN. En serrant sur bâbord, hors chenal, j’évite les forts courants et les déferlantes et je bénéficie même d’un contre-courant qui me porte à 10 noeuds. Ouf…!

Dans la passe Garuae au nord de Fakarava.

Le balisage d’entrée est le même qu’en France, balises rouges à bâbord et vertes à tribord. Une fois à l’intérieur, c’est différent. Les vertes sont côté mer et les rouges côté atoll. Le balisage a été conçu ainsi pour une circulation dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Évidement moi je vais dans l’autre sens… Donc je laisse les vertes à bâbord, contraire à mes habitudes… Je dois rester vigilant jusqu’au bout d’autant que l’atoll est parsemé de « patates » de corail pour la plupart affleurantes, sans compter les fermes perlières hérissées de petites bouées cylindriques.

Marquage latéral. Ici une tourelle bâbord.

A mon arrivée devant le village de Rotoavala capitale de Fakarava, qui compte environ 800 habitants, j’ai la chance de trouver un corps-mort libre. Ça tombe bien car je n’ai encore jamais pratiqué la technique de mouillage propre aux atolls dont les fonds sont couverts de patates de corail où l’ancre et la chaîne prennent un malin plaisir à se coincer. 

Voilà la première chose que je vois en arrivant au mouillage devant Rotoava. Ca se présente plutôt bien…!
Un peu plus loin une plage.
Et l’église au bord de l’eau.


Fakarava est, avec Rangiroa, un des plus grands des 78 atolls que compte l’archipel qui s’étire sur environ 1500 kms. On n’en voit pas le bout… 60 kms de long sur 25 kms de large ! Cet atoll est mondialement reconnu pour la plongée sous-marine et est d’ailleurs classé réserve de la biosphère par l’UNESCO pour la richesse et la diversité de sa faune et de sa flore.

Monsieur fait la vaisselle…!

Tout est différent des Marquises. Fini les montagnes luxuriantes culminant à 1200 mètres… ici, on se trouve à peine à quelques mètres au dessus du niveau de la mer…! On s’y sent d’ailleurs très vulnérables quand on sait qu’ici peuvent se déchaîner de terribles ouragans pendant la période cyclonique. 


Fakarava est très bien pour une première approche de la navigation dans les atolls. L’entrée par la passe nord est plutôt aisée et à l’intérieur des chenaux bien balisés courent du nord au sud. Je décide donc de descendre jusqu’à Hirifa au sud de l’atoll. Après 30 MN d’une navigation paisible à la voile, comme sur un lac, j’arrive au mouillage. Là, pas de corps-morts. Je vise pour jeter l’ancre sur du sable si possible. Je laisse filer 10 mètres de chaîne puis j’accroche une bouée tous les 5 mètres, de sorte que la chaîne « flotte » au dessus des coraux. Je m’empresse d’aller vérifier le résultat avec masque et tuba. Opération réussie. Je suis content de moi. Je devrais dormir tranquille, sans le bruit de la chaîne qui frotte sur les coraux, avec l’assurance de récupérer ma ligne de mouillage et surtout de ne pas abîmer le corail.

Hirifa vu du ciel…
…et depuis la plage


Après Hirifa, spot de Kitesurf,  je mets le cap sur la passe sud de l’atoll à 6 MN au village abandonné de Tetamanu. Là, c’est la Mecque de la plongée ! Le plongeur Laurent Balesta y est venu pendant 5 ans étudier la reproduction des 17.000 Mérous qui se retrouvent dans la passe une fois par an à la pleine lune. L’occasion pour les requins de faire le festin de l’année. Le film « 700 requins dans la nuit », à voir absolument, a été tourné lors de ce rassemblement.

Vue depuis le mouillage sur Tumakohua prés de la passe sud.
Ruine du village qui etait autrefois la capitale de Fakarava.
Ne reste que l’église, bien entretenue.


Il est temps maintenant pour moi de remonter vers la passe nord et l’atoll de Toau avant la traversée vers Tahiti.


A très bientôt pour la suite !

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3 Responses to Polynésie française (suite) – Des Marquises aux Tuamotu (Fakarava)

  1. Avatar de Jackie Delozanne Jackie Delozanne dit :

    Hello Bruno, quelle aventure! Bravo: même si ce n’est pas les applaudissements qui t’amènent là, bravo!
    Je viens de frissonner de mon siège de bureau: Là, ce n’est pas du cinéma, une petite pensée pour nos premières navigations en Simoun 4.85 . Que de temps et de milles passés depuis cette époque.
    Pour ma part, je suis dans les peintures, et je fais gaffe de ne pas tomber de l’escabeau. Beaucoup plus cool.
    Bonne nav jusque Tahiti où tu vas retrouver Fred et pourrez enfin continuer le voyage ensemble.
    Portez vous bien!

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  2. Avatar de orpao orpao dit :

    Merci Jackie
    Et content de savoir que j’arrive encore à te faire frissonner en étant à 17000kms de Chamouille.
    Prend soins de toi ma “Biche”.
    Biz

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  3. Avatar de Cindy DidyTpachinoiz Cindy DidyTpachinoiz dit :

    Quel bel article, on s’y croirait, enfin « protégé » depuis l’écran tout de même quelle aventure ces 3 jours seul à la barre ! J’ai essayé de chercher Charlie mais impossible, un indice ? 😉 car je cherche un monocoque avec du tissu jaune, n’est-ce-pas ? je chauffe ou je glace ^^ ?

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