Du 9/06 au 23/07/22
Devant nous se dresse fièrement la perle du Pacifique, Bora-Bora, l’île des cartes postales où les gens viennent du monde entier, beaucoup pour se marier ou en voyage de noce. De nombreux navigateurs ont voulu nous dissuader d’y faire escale, trop cher, trop d’hôtels, trop de fric, trop ceci, trop cela… Nous avons envie de nous faire notre propre opinion.

Nous entrons cette fois-ci sans encombre dans le magnifique lagon, soleil au zénith, après une navigation au portant de 25 MN depuis Raiatea.

Ici, interdit de jeter l’ancre… nous prenons donc un corps mort devant le Yacht Club à 4.000 francs pacifiques, environ 30€ la nuit, quelque soit la taille du bateau et le nombre de personnes à bord… un solitaire sur un petit bateau paie donc la même chose que le gros voilier de charter avec 12 clients à bord…

Passer du temps à Bora Bora coûte très cher, jusqu’à 3.000€ la nuit dans un resort et 600€ la nuit en bungalow chez l’habitant. Alors finalement, même si ailleurs c’est (encore) gratuit, on se dit qu’on est privilégiés de pouvoir faire confortablement le tour du lagon, de mouillage en mouillage, pour seulement 30€ la nuit. Sorti de ces considérations matérielles, l’escale vaut le coup car l’île est vraiment très belle.





Derrière les nombreux hôtels avec bungalows sur pilotis qui parsèment le lagon, nous découvrons la vraie vie des locaux à l’occasion des festivités du Heiva qui durent un mois. Ce festival annuel réunit les habitants des différentes communes de l’île qui viennent présenter leurs troupes de danse et de chants traditionnels à Vaitape, la principale localité. Les costumes sont fait-main et les couronnes de fleurs personnelles à chacun(e). Les gagnants pourront concourir aussi à Tahiti et peut-être être sélectionnés pour d’autres archipels (les déplacements inter-îles sont d’ailleurs importants pour trouver un mari ou une épouse sans trop de consanguinité..)
Le Heiva est aussi l’occasion de se confronter dans des épreuves traditionnelles, comme le va’a (pirogue à balancier), le lancer de javelot sur noix de coco (il faut ensuite grimper à pieds nus en haut du cocotier pour récupérer son javelot…) ou la course à pieds avec 30 kg de bananes sur l’épaule (15 kg pour les femmes) ou encore de présenter son artisanat.



Les familles se retrouvent jusque tard dans la nuit dans les nombreux stands de jeux et restaurants éphémères construits pour l’occasion en feuilles de cocotier.

Nous mettons les vélos à terre et parcourons les 32 km de la route côtière, découvrant d’autres points de vue et personnages originaux. Dont cet homme passionné de bateaux, qui construit des maquettes de voiliers célèbres à la même échelle et les a réunis dans une sorte de petit musée inattendu sur le bord de la route. Il a également fabriqué des maquettes grandeur nature pour le cinéma, notamment le film Hurricane avec Mia Farrow tourné sur place. Nous restons un long moment à discuter avec lui de l’évolution de l’île depuis les années 50.




Nous voyons aussi malheureusement beaucoup d’hôtels sur le littoral abandonnés, suite aux ouragans nous dit-on.
Lors d’une soirée musicale au célèbre Bloody Mary’s, qui reçoit les plus grands de ce monde (et dont les noms sont gravés sur le « tableau des célébrités »à l’entrée..), nous sympathisons avec un couple d’américains qui nous invite à se joindre à eux pour une rando. Casey et Jennifer, deux sportifs, nous emmènent au sommet de l’île par des sentiers escarpés, munis de cordes, et sur des corniches vertigineuses. Nous en bavons pendant plusieurs heures mais en haut, le panorama à 360° est à couper le souffle.




Bora-Bora est aussi la plus américaine des îles de Polynésie française car en 1942, après l’attaque surprise des Japonais sur Pearl Harbor, les américains décident d’y installer une base de ravitaillement pour leur flotte du Pacifique. C’est l’opération Bobcat.
Ils arrivent avec 9 navires transportant 20.000 tonnes de matériel et 6.000 hommes, agrandissent la passe à grand coup de dynamite et construisent l’aéroport qui est toujours utilisé aujourd’hui. De 1942 à 1946, l’île est métamorphosée. De nombreux métissages se produisent à cette période.

Le vent nous pousse ensuite vers Maupiti, 32 MN plus à l’Ouest. Beaucoup de navigateurs renoncent à y aller à cause de la passe difficile, voire dangereuse, où la mer déferle par houle de secteur Sud et où les courants peuvent atteindre 9 nœuds. De bonnes conditions sont requises pour y pénétrer : moins de 20 nœuds de vent et surtout moins de 1,5 mètres de houle. Un bon indicateur avant de quitter Bora-Bora : si la houle déferle sur le récif Sud, ce n’est même pas la peine d’essayer… Mieux vaut attendre !

Malgré de bonnes conditions, l’entrée, entre deux grosses déferlantes et le courant qui chahute le bateau, est impressionnante. Une fois à l’intérieur, nous sommes sur un lac… quel contraste !

Maupiti est, géologiquement, la petite sœur de Bora-Bora. De grand pics acérés montent vers le ciel au milieu d’un magnifique lagon turquoise… impression de bout du monde !

Elle ressemble à Bora-Bora en plus petit mais ici pas d’hôtels de luxe, de jet-ski, de balade en hélicoptère, de parachute ascensionnel…
Les rares touristes sont hébergés dans des pensions de famille sur l’île et les motus (îlots proches du récif) qui l’entourent. Ils sont pratiquement invisibles. La clientèle n’est pas la même, pas d’américains, beaucoup de français en famille… Nous retrouvons tout ce petit monde le samedi midi autour d’un four polynésien organisé sur le motu près de la passe.






Tranquillité absolue le reste de la semaine. Le petit village vit au rythme du passage d’un petit cargo ravitailleur. Les passagers arrivent avec le Maupiti Express ou par avion.



Nous faisons 3 fois le tour de l’île à vélo, dans un sens puis dans l’autre, découvrant à chaque fois de nouveaux points de vue.



La rando, sur les sommets pourtant moins hauts, est encore plus acrobatique et vertigineuse qu’à Bora-Bora.

Une fois à l’intérieur du lagon, c’est bien, on est en sécurité… mais un jour il faut ressortir et reprendre la passe dans l’autre sens, avec les 2 alignements dans le dos… Ne voulant pas rester bloqués là plusieurs semaines, nous profitons d’une bonne fenêtre météo pour partir.
Plus petite encore, plus sauvage, à 100 MN sous le vent de Maupiti, se trouve Mopelia, où ne vivent que 2 familles… la dernière île la plus à l’ouest de Polynésie Française.. peut-être pour une autre fois si nous repassons dans le coin.
Nous remettons le cap à l’Est sur Tahiti en repassant par Bora-Bora, Raiatea, Tahaa, Huahine et Moorea pour morceler cette pénible remontée au près dans les alizés.
A Moorea, île que nous avons adoré pour sa géologie aux pics vertigineux, nous profitons d’une pause de quelques jours pour escalader le mont Rotui.




Cap ensuite sur Tahiti et ses grands magasins pour faire un gros avitaillement avant de partir dans les îles plus isolées des Tuamotu. Mais ce sera une autre histoire…
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