Du 24/07 au 15/09/22
Je profite d’une mauvaise météo et d’une bonne connexion pour mettre à jour le blog. Fash-back :
Nous sommes à Tahiti, sur le départ pour l’archipel des Tuamotu situé au NE donc au vent. Nous allons devoir remonter les alizés et attendons une météo plus favorable. C’est l’occasion d’assister à un spectacle du Heiva et de retourner à quelques endroits de Papeete que nous avions appréciés. Après un gros avitaillement, les coffres pleins (de quoi ouvrir une épicerie au Cap-Vert), nous partons pour 3 mois dans les Tuamotu. Mais bon, comme souvent, cela ne va pas se passer comme prévu…


Le 12 août au matin nous quittons Tahiti depuis la pointe Venus, au Nord de l’île, où nous avons mouillé pour la nuit. Une baleine et son petit nagent tranquillement dans la baie. La traversée au près mais directe des 180 MN qui nous séparent de Tikehau se passe bien cette fois-ci. Quelques jours avant nous avions fait demi-tour au large car la mer prise de travers était trop forte. Le lendemain matin, nous empruntons la passe sans difficulté et mouillons près du village.


Tikehau est un petit atoll où résident 500 habitants, principalement dans l’unique village de Tuherahera. Nous allons ensuite nous mettre à l’abri du vent de NE derrière le récif. Malheureusement, le vent qui souffle habituellement de secteur Est et contrairement aux prévisions météo, rentre du NW puis de l’Ouest de plus en plus fort, nous plaçant dans une situation délicate à l’approche de la nuit. Nous ne pouvons plus bouger car l’atoll non cartographié est truffé de patates de corail. Le vent va monter à plus de 40 noeuds et je vais passer une partie de la nuit à la barre, moteur en marche avant lente, pour soulager le mouillage. Les vagues déferlent sur le récif derrière le bateau. Nuit cauchemardesque où on imagine l’ancre chasser ou la chaîne casser et le bateau se fracasser quelques secondes plus tard sur le corail.

Comme si cela ne suffisait pas, nous venons d’apprendre dès notre arrivée que la maman de Fred est tombée dans sa cuisine. Elle est hospitalisée et son état est préoccupant. Fred prendra le premier vol pour Tahiti puis, après une nuit en transit près de l’aéroport, un vol pour Paris via San Francisco et enfin un Thalys pour Bruxelles… 30 heures de voyage. Sa maman décédera quelques heures après son arrivée…


De mon côté, je dois trouver une place pour le bateau avant de rentrer. Finalement, il sera mis à terre dans un chantier à Taravao sur l’île de Tahiti le 21 septembre. Ayant quelques semaines devant moi, je décide de visiter l’atoll de Rangiroa plus à l’Est avant de rentrer à Tahiti. Je me retrouve de nouveau à naviguer en solitaire, enfin presque… Je pars en même temps que le catamaran KARACOOL de Daniel et Brigitte qui nous ont déjà accompagnés de Tahiti à Tikehau. Toute la nuit nous tirons des bords contre le vent et le courant. Au petit jour, je les retrouve devant la passe agitée d’Avatoru. Daniel et le petit monocoque de Nicolas rencontré à Tikehau, attendent, un peu frileux pour rentrer.
Je décide de passer le premier mais n’ayant pas beaucoup d’expérience des passes des Tuamotu, je respecte scrupuleusement les instructions nautiques et l’alignement d’entrée. Je me retrouve au milieu de la passe en plein mascaret, le bateau ballotté par les déferlantes et le courant. Ce n’est pas vraiment une bonne idée et j’en fais part à mes compagnons de route par radio. Je les invite à prendre sur la gauche, hors alignement, près du bord où la mer est plus calme. En fait, ces alignements, fort pratiques au demeurant, sont surtout là pour les gros bateaux. En prenant sur les bord, quand il y a de la place, c’est plus calme et souvent on bénéficie d’un courant contraire.





Rangiroa est l’atoll le plus peuplé, 2500 habitants, et le plus grand de Polynésie. Une véritable mer intérieure où l’on pourrait loger Tahiti et sa presqu’île. Je mouille devant le village de Tiputa près de l’autre passe, beaucoup plus agitée, où les touristes se réunissent pour observer les dauphins qui s’ébattent gaiement dans les vagues. À part ça, il n’y a pas grand chose à faire à Rangiroa. Les gens viennent ici surtout pour plonger. Quelques agences proposent des excursions en bateau vers le sud de l’atoll.
J’accompagne KARACOOL pour voir les fameux sables roses à 35 MN plus au sud. Nous mettons deux jours pour descendre en navigant avec le soleil au zénith ou légèrement derrière afin de voir les patates de corail qui parfois affleurent à la surface de l’eau.
A notre arrivée, les fameux bancs de sable qui prennent une teinte rose en fonction de l’ensoleillement sont recouverts d’eau, donc pas visibles…
Le lendemain, faute de réseau, je remonte vers le village pour retrouver une connexion internet et reprendre contact avec Fred qui est arrivée à Bruxelles.
Cette fois-ci, j’effectue le parcours sur la journée et à la voile, en suivant scrupuleusement la trace que j’ai laissée à l’aller sur ma cartographie électronique et en validant de visu les patates rencontrées.
Chose étonnante, ici à Rangiroa, deux français passionnés de vin ont planté de la vigne. En l’absence de saison, ils vendangent deux fois par an. Le raisin est ensuite acheminé par bateau vers un chai climatisé près du village, où le vin sera élevé en fut de chêne puis mis en bouteille. J’ai eu l’occasion de déguster ce vin de corail, blanc sec, très surprenant, très bon, ne ressemblant à aucun autre. Cette production, 35.000 bouteilles, est ensuite exportée vers Tahiti et quelques restaurants en France.


Quelques jours plus tard, j’empreinte de nouveau la passe et repars vers Tahiti. Les conditions sont très bonnes, je suis au portant et les 220 MN de la traversée sont avalés en une journée et demi. Finalement je ne m’arrête pas à Tahiti, je préfère aller mouiller à Moorea, baie de Cook puis baie d’Opunohu, plus tranquilles, avant de rejoindre Taravao pour sortir ORPAO le 21 septembre et prendre l’avion la semaine suivante.





La suite au prochain numéro.








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