Traversée des Marquises à Hawaii, Big Island.

Du 14/03 au 20/04/23

Une traversée de 2000 MN nous sépare de Hawaii dans le Pacifique Nord. Et comme souvent en voile, le chemin le plus court n’est pas forcément la ligne droite. Pour négocier au mieux le parcours, nous devons remonter plein Nord en restant sur le méridien 140°W, jusqu’à toucher les alizés de NE qui sévissent au Nord de l’équateur. Ensuite cap direct sur l’île de Hawaii. Une belle traversée en perspective, enfin, sur le papier…

Route des Marquises à Hawaï.


Nous quittons Nuku Hiva, aux Marquises, le 14 mars avec des alizés d’Est faibles. De nombreuses manœuvres et recours au moteur pour quitter la zone peu ventée. La traversée est plutôt tranquille jusqu’à l’équateur, zone de convergence intertropicale (plus communément appelée par les marins « pot au noir ») où règne souvent un temps incertain avec alternance de calme, vents forts et orages. Mais cette fois-ci, pour notre quatrième passage de « la ligne », nous n’aurons qu’une journée de vents instables et forts sous grains. Les alizés de NE sont déjà au rendez-vous dès le lendemain et nous faisons route directe sur l’archipel de Hawaii, et plus précisément, l’île éponyme de Hawaii, plus communément appelée « Big Island », la plus grande et la plus au Sud de l’archipel. C’est là que nous ferons notre entrée aux États-Unis.

Après avoir suivi depuis les Marquises le méridien 140 W, arrivée à l’équateur, cap au NW vers Hawaï.

La traversée « de rêve », décrite par de nombreux navigateurs, devient de plus en plus musclée après l’équateur. Les alizés sont bien au rendez-vous et soufflent en moyenne à 25/30 nœuds. C’est bon pour la vitesse ! Mais une mer forte arrivant du NE, où passent encore de grosses dépressions dans le Pacifique Nord, nous prend par le travers. Et là, ça devient vraiment inconfortable. Le bateau roule beaucoup, les vagues tapent la coque sur tribord et arrosent le cockpit, le gréement encaisse et je préfère réduire la voilure pour améliorer la situation. Tant pis pour la vitesse, mieux vaut ménager le bateau et l’équipage … 

Sale temps.

Pendant trois jours, nous naviguons grand-voile affalée, trinquette seule à 7,5 noeuds de moyenne… Fred essaie de dormir sur la banquette du carré, calée par la toile anti-roulis, et moi au sol, sur les coussins de cockpit, contre le meuble de cuisine, super…

Fred essaie de trouver le sommeil.

Faire un café ou à manger devient un challenge. De plus, la bouteille de gaz se vide le premier jour de cette mer un peu trop forte à notre goût, et il faut la changer. Ce n’est vraiment pas le moment… car la bouteille se trouve dans son compartiment extérieur à l’arrière bâbord, sous le vent et donc dans l’eau. Harnaché et relié au bateau par une sangle, accroupi avec de l’eau jusqu’aux genoux, je change la bouteille, veillant bien à ne perdre aucune pièce ni outil, mais le détendeur se coince… Je devrai y retourner le surlendemain quand la mer sera plus calme et en attendant, privés de gaz, nous mangeons froid pendant deux jours… ensuite le vent se calme mais pas la houle… traversée de rêve…

Remplacement acrobatique de la bouteille de propane.

Toutes les « bonnes choses » ayant une fin, nous arrivons à Hiloport principal de Big Island, de nuit et sous la pluie, après 14 jours de traversée.

Atterrissage à Big Island.

Le lendemain, nous essayons à maintes reprises d’entrer en contact radio avec les customs mais sans succès. Le surlendemain, le harbormaster nous conseille, toujours par radio, d’aller directement au bureau des douanes. Là nous trouvons porte close et décidons d’attendre l’heure de fermeture en espérant le retour d’un agent. En vain, nous sommes vendredi et personne ne viendra. Les formalités seront finalement faites le lundi dans ce même bureau, quatre jours après notre arrivée. Nous sommes un peu inquiets car théoriquement nous ne pouvons pas débarquer sur le territoire américain avant d’avoir vu les customs or depuis depuis quatre jours, nous avons déjà fait le tour de Hilo pour avoir une carte SIM et internet, ravitailler en frais et simplement nous dégourdir les jambes… Nous sommes accueillis par un douanier très sympathique qui ne s’offusque pas du retard « this is Island time » et nous souhaite « Aloha », bienvenue à Hawaii. 

Hilosur la côte Est de l’île, au creux d’une grande baie de sable noir, est une petite ville assez animée, peu touristique et très arrosée. Les nuages charriés par les alizés viennent éclater sur les pentes des deux principaux volcans, le Mauna Lea (4169m) et le Mauna Kea (4207m) et il pleut tous les jours. Cherchant un endroit pour accoster avec notre annexe, nous sommes accueillis par 2 hawaiiens de souche, Riki et Kiko, eux aussi des marins. Kiko nous prêtera spontanément sa voiture pour faire des courses et nous invitera plus tard à faire une balade sur son canoë traditionnel hawaiien. C’est le « Aloha », l’hospitalité hawaiienne…

Danses traditionnelles.
Hilo, son marché, ses fresques…
…ses jolies plaques d’immatriculation.

Un soir, alors que nous sommes au mouillage dans Reeds Bay, un couple arrive en annexe avec un sac de fruits et légumes… Mauricio et Paola nous souhaitent la bienvenue ! Ils possèdent un voilier à quai sur la rivière et rapidement le courant passe. Ils nous invitent à venir dans leur ferme sur les hauteurs de Hilo. Quelques jours plus tard, nous passons deux jours et deux nuits chez eux, hébergés dans un bungalow grand confort construit par Mauricio lui-même. Ils participent à un projet de reforestation d’espèces endémiques et ensemble nous plantons plus de 80 jeunes arbres. On se quitte en se promettant de se revoir dès que possible, et de naviguer ensemble avant de quitter l’archipel pour l’Alaska. 

Trois jours à la campagne chez nos amis Paola et Mauricio.

La suite de notre séjour sur Big Island est consacrée à la visite des volcans et au tour de l’île en compagnie de notre ami Philippe qui arrive de Belgique le 11 avril pour passer 3 semaines avec nous. L’île ne comportant que peu de mouillages fiables au vu la lave sous-marine, et la météo marine étant très ventée et changeante, nous décidons de laisser le bateau en sécurité dans la baie de Hilo et de faire le tour de Big Island plutôt en voiture. 

Arrivée de Philippe sous la pluie.
On n’a pas trouvé de voiture plus petite…

Géologiquement, Big Island est la plus jeune île de l’archipel et la plus proche du « point chaud ». C’est là, au Sud de l’île, que se trouve le Kilauea (1246m), resté très actif depuis les grandes éruptions qui, en 2018, avaient détruit routes et habitations et nécessité l’évacuation d’une grande partie de l’île. Sous haute surveillance, il continuait de déverser régulièrement des flots de lave sur ses versants. Malheureusement pour nous, les éruptions ont cessé au début de notre traversée depuis les Marquises et reprendront après notre départ pour l’Alaska… 

Précédente éruption du Kilauea.

Le Hawaii Volcanoes National Park est impressionnant, ainsi que tout le Sud de l’île, dont l’unique route traverse les champs de lave des éruptions successives des dernières décennies et des siècles précédents. Les paysages allient le caractère sombre et brut du minéral aux couleurs vives des espèces végétales qui reprennent vie dans des endroits improbables. L’occasion d’observer la reforestation dans ses stades  d’évolution successifs.

Kilauea, 1246 mètres.
Traversée de la caldera du Kilauea.
Ascension du Mauna Kea, 4207 mètres.

A l’extrême Sud de l’île, nous visitons un site sacré de pétroglyphes, en nous demandant comment les Polynésiens d’origine ont bien pu survivre en arrivant par radeaux dans un environnement si hostile… 

Extrémité Sud de Big Island.
Attention, passage de Néné…
…espèce d’oie endémique et protégée.

Les deux sites historiques que nous visitons ensuite nous en apprennent plus sur les us et coutumes d’alors, les cultures d’autosubsistances et médicinales, les croyances spirituelles et sacrifices humains, et surtout les intrigues et guerres tribales qui ont mené, à partir de Big Island, à l’unification de tout l’archipel sous le Roi (autoproclamé) Kamehameha 1er. Héro pour les uns, criminel de guerre et traître pour les autres… et surtout fin stratège d’avoir su s’allier les forces et armes occidentales pour assoir son pouvoir. Pas étonnant que le grand Capitaine Cook ait été assassiné ici…

Drapeau royaliste à gauche, côtoyant le drapeau officiel de l’état d’Hawaï.

La partie Ouest/ Nord-ouest de l’île, dite « la côte de Kona« , est plutôt touristique et le décor totalement différent : petites plages de sable clair et eaux turquoises, grands hôtels de luxe et centres commerciaux… Nous passons rapidement, en nous arrêtant tout de même au fameux Mauna Kea Beach Resort pour voir ce luxe de tout près. Dans tout l’archipel, la plage reste en effet publique et tous les hôtels construits en bord de mer ont l’obligation de laisser un accès à la page à travers leurs installations. 

Côte Ouest exposée aux vents.

La côte Nord/Nord-est de l’île est bordée de falaises abruptes et de forêt tropicale. Plus dans les terres, étonnant décor de far-west dans et autour de la petite ville de Waimea : pairies à perte de vue, terres d’élevage et de grands ranch. Particularité ici, les Paniolos, descendants des travailleurs mexicains immigrés à Hawaii… et la mixité culturelle, linguistique et culinaire qui en a découlé. 

Côte Nord-Est.
Waimea, région des grands Ranchs.
Vente de fruits et jus sur le bord de la route.

La partie centrale de l’île est constituée des deux volcans dormants Mauna Lea (4169m) et Mauna Kea (4207m), et traversée par une unique route entre les deux volcans, offrant des paysages somptueux lorsque le ciel se dégage…

Cette photo n’est pas un truquage.

Avec une meilleure météo nous quittons enfin Hilo pour une navigation de nuit vers l’île de Maui. Pour cela nous devons emprunter le canal au Nord de Big Island, où les alizés s’accélèrent et montent facilement à 30/40 nœuds. En passant de nuit, nous évitons  les vents thermiques qui s’additionnent aux alizés en journée et tout se passe bien.

Une baleine nous accompagne un moment.



Suite au prochain numéro.

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