Du 21/04 au 7/06/2023
L’archipel de Hawaii est composé de 8 îles dont 7 sont habitées. C’est le 50ème état et le dernier à avoir été intégré dans l’union en 1950. La chaîne est orientée SE/NW et nous remontons aisément l’archipel, les alizés nous poussant d’île en île. Venant de Big Island, nous jetons l’ancre devant la marina de Maalaea au Sud de Maui. Nous avons loué une voiture pour partir à la découverte de l’île le lendemain à la première heure. Levés tôt, nous sommes prêts à partir quand une vedette des US Coast Guards vient nous accoster.


Ils montent à bord et commencent à vérifier papiers, matériel de sécurité et équipements du bateau… jusqu’aux pompes de cales et WC. Le contrôle durera deux heures, réduisant d’autant notre journée de visite… Une bonne âme avait téléphoné aux USCG pour signaler un voilier ancré sans feu de mouillage… Feu que j’avais allumé dès notre retour la veille vers 19 heures. Je m’en tire avec un avertissement pour 3 feux à main périmés et une belle étiquette collée dans le coffre de cockpit m’indiquant qu’il est interdit de rejeter des huiles usées à la mer… Bon, restons calme…



C’est donc un peu au pas de course que nous visitons ensuite Maui, 2ème île de l’archipel par sa population. Nous empruntons la magnifique route du Nord qui serpente en corniche dans une végétation luxuriante jusqu’au village « du bout du monde » de Hana. Nous admirons quelque temps les surfeurs sur le fameux site de Hookipa où viennent se mesurer en saison les meilleurs windsurfers du monde.








Le lendemain, nous prenons un corps mort au yachtclub de Lahaina, petite ville sur la côte Ouest de Maui qui fut un temps la capitale de l’archipel (jusqu’en 1845) et vécut ensuite exclusivement du tourisme grâce à son port abrité sous le vent de l’île.



Nous aurions bien visité la plaine centrale et son volcan Haleakala (3055m de haut), mais le timing est plutôt serré pour notre ami Philippe qui a son vol retour pour Bruxelles déjà le 29 avril depuis Honolulu sur Oahu.


Nous faisons également l’impasse sur l’île de Lanai et traversons directement le canal nous séparant de l’île de Molokai, où nous passons la nuit dans le petit port abandonné de Lono Harbor. Molokai abrite sur sa côte Nord les plus hautes falaises du monde (1005m) et est réputée « la plus sauvage » des îles habitées. Au propre comme au figuré. Il faut dire qu’elle fut plus d’un siècle (jusqu’en 1969) l’île d’exil des lépreux de tout l’archipel, arrachés à leurs familles et livrés à eux-mêmes, dans des conditions sanitaires terribles jusqu’à l’arrivée du prêtre belge Père Damien qui les aida à construire un village digne de ce nom. Ça a évidemment laissé des traces sur les descendants des survivants qui sont aujourd’hui assez xénophobes et anti-développement, défendant farouchement « leur île ». D’autre part, Molokai est dans la tradition l’île où sont inhumés les kahunas, les grands prêtres et chamanes, et donc sacrée.


Encore un canal agité et venté avant d’arriver à l’île d’Oahu, 3ème de l’archipel par sa superficie mais la principale par son développement touristique. Sitôt passé Diamond Head, volcan au SE de l’île, nous découvrons Honolulu, ses gratte-ciel et la fameuse plage de Waikiki avec ses nombreux surfeurs. Nous apprendrons ensuite que le surf y est tellement « sacré » que pendant les périodes de confinement Covid, c’était la seule activité extérieure autorisée.




Nous empruntons le chenal d’accès pour rentrer à la marina publique de Ala Wai Small Boat Harbor où, après de longues et pénibles formalités, nous resterons un mois à préparer ORPAO pour l’Alaska et ensuite visiter l’île.


Nous sommes au cœur de Honolulu, au pied de gigantesques hôtels, entourés des fameuses plages de Waikiki d’un côté et Ala Moana de l’autre, de bars, restaurants et magasins de luxe. Un choc quand on arrive de Polynésie française…

On se rend vite compte que Honolulu, ce n’est pas Oahu, mais une bulle dans Oahu. Avec ses 300.000 habitants, 1 million si l’on compte toute l’agglomération, et 5 millions de touristes par an… D’ailleurs les familles locales et les touristes ne se partagent pas les mêmes endroits !




Idéalement situés dans le centre, nous allons à vélo faire nos courses, nos achats de fournitures pour le bateau et au passage (les magasins de bricolage et marine supply étant tout de même assez excentrés), visiter certains quartiers dans Downtown et Chinatown.





Pendant un mois, les journées sont en tout ou partie consacrées au bricolage, rdv, recherches et réflexions pour le bateau : installation du chauffage à air pulsé reçu via DHL (26 trous dans les boiseries pour alimenter les 2 cabines, la salle de douche et le carré), remise en ordre du circuit de gas-oil qui avait une prise d’air, révision de la pompe hydraulique du pilote, réfection de l’étanchéité de la capote et de ses panneaux, réparation du taud qui s’était déchiré pendant la traversée depuis les Marquises, vérification du gréement, vidange du moteur, bref… la liste est longue.

Les soirées, plus relax, servent à se balader pour découvrir les lieux et regarder les surfeurs, les activités locales en famille, les couchers du soleil, le feu d’artifice hebdomadaire sur Waikiki Beach, un spectacle de danse ou de chant dans le jardin de l’un ou l’autre grand hôtel (gratuit si on le regarde de la plage) et se faire des amis.


Nous faisons très rapidement connaissance avec 2 couples qui vivent sur leur bateau près de notre ponton. Robert et Heid partiront comme nous en Alaska. Scotti et Dawn nous invitent au barbecue hebdomadaire du Yacht Club et nous présentent plusieurs plaisanciers et régatiers locaux dont Joey Cabell, champion de surf des années 60′ et véritable légende à Hawaii, et son épouse Yana.

Joey est aussi passionné de voile – il a d’ailleurs été pionnier dans le développement de voiliers de performance à Hawaii – et impressionné par notre parcours. Il nous invite pour une sortie en mer sur son Hokule’a, le catamaran sportif hyper léger et rapide qu’il a dessiné à l’époque pour un aller-retour Hawaii/Tahiti/Hawaii en un temps record (à l’aller, 2500 MN en 10 jours!) malgré un démâtage au retour. Quelques jours plus tard nous faisons donc, accompagnés de son ami Fielding, un aller-retour express dans le canal très venté entre Oahu et Molokai. Malgré le soleil et la température élevée, nous enfilons très vite nos vestes coupe-vent. Ça décoiffe et ça arrose, on nous avait prévenus. Nous remontons le vent à environ 12 noeuds et revenons au portant entre 18 et 25 noeuds… ça change des 6/8 noeuds habituels d’ORPAO…!




Le courant passe bien et toutes les occasions sont bonnes ensuite pour nous revoir, chez lui, au Yacht Club ou au Chart House, le premier restaurant d’une chaîne qu’il a créée. Joey me réserve à chaque fois une place près de lui et me témoigne à plusieurs reprises son admiration pour ce que nous faisons. Cela me touche énormément de la part d’un homme de 85 ans qui a particulièrement bien réussi sa vie, tant au niveau sportif que dans les affaires, et qui est resté humble et ouvert, la marque d’un grand champion. A mon tour de lui faire savoir le grand honneur d’avoir été accueilli si chaleureusement et tout le respect qu’il m’inspire.

Scotty et Dawn nous emmènent aussi faire le tour de l’île en voiture, avec leur amie Teresa, à l’occasion d’un concert donné en hommage à Iam Tongi, finaliste et vainqueur de American Idol. Concert en familles, sur le terrain de golf d’un grand hôtel au Nord de l’île, un nuage de fleurs lâché par un hélicoptère, pas de touristes (à part nous)… encore une image très différente d’Oahu.






Nous visitons ensuite le fameux site de Pearl Harbor, bombardé par les Japonais à l’aube du 7 décembre 1941 à la grande surprise des américains qui croyaient Hawaii hors de portée de toutes attaques. Des milliers de jeunes marins et civils périrent en moins d’une heure. Ce fut le traumatisme qui déclencha l’entrée des américains dans le conflit mondial et plus tard les bombardements qui détruisirent Nagasaki et Hiroshima.



Plusieurs mémoriaux rendent hommage aux victimes de façon respectueuse et sans tomber dans le pathétique. Différents musées (de l’aviation, des battleship, des submarines,…) permettent de voir ou visiter des bâtiments et appareils de l’époque. Plusieurs reportages faits d’images d’archives (censurées pendant plusieurs décennies) expliquent bien l’escalade des choix et stratégies géopolitiques qui ont mené à cette catastrophe… ainsi que l’enchainement d’erreurs humaines sur place qui y ont contribué. Nous découvrons un aspect que nous ne connaissions pas : « les camps de Hawaii » destinés à interner sous haute surveillance les hawaiiens d’origine nippone de 1ère et de 2ème génération (près de 40% de la population, y compris parmi les militaires), hommes, femmes, enfants, jeunes et vieux, tous potentiellement des espions… dans un contexte de suspicion générale qui durera plus de 4 ans et marquera à vie plusieurs générations. Un site incontournable pour qui s’intéresse à l’histoire.


Fin mai nous devons à regret quitter nos nouveaux amis et reprendre la mer pour rejoindre Kauai, l’île la plus au Nord de l’archipel, notre point de départ pour l’Alaska.



Nous faisons un premier mouillage sur la côte au vent de Oahu, dans la grande baie de Kaneohe à l’abri de Sand Bar, un immense banc de sable où de nombreux locaux viennent passer le week-end. Nous continuons ensuite vers le Nord de Oahu, où nous jetons l’ancre devant la jolie plage de Waimea Bay. L’eau est calme et limpide, et une vingtaine de dauphins vient nager plus d’une demi-heure avec Fred. Notre amie Teresa nous rejoint la journée pour faire du kayak. Difficile d’imaginer que c’est ici même qu’a lieu chaque hiver le championnat de surf Eddie Aikau, lorsque les grosses houles de secteur Nord déferlent sur la plage en vagues de plus de dix mètres…

Après une belle traversée de 80 MN sur la journée, nous mouillons dans l’avant-port de Lihue, « capitale » de Kauai au Sud-Est, avant de continuer vers la très jolie baie de Hanalei au Nord. Quatrième île de l’archipel par sa taille, elle est aussi géologiquement la plus ancienne. Très sauvage, elle est réputée pour les paysages grandioses de son Waimea Canyon au centre et les falaises de la Napali Coast au Nord. Contrairement à Oahu et Maui, elle est restée très rurale, assez préservée du tourisme de masse et attire plutôt randonneurs et campeurs.





Nos amis de Big Island, Paola et Mauricio, viennent nous rejoindre en avion le temps d’un long week-end.






C’est à Hanalei Bay, notre dernier mouillage à Hawaï, que nous attendons une bonne fenêtre météo pour la traversée vers Kodiak, Alaska.
Mais ça, c’est une autre histoire.
hello les navigateurs du monde Bonne et heureuse pour cette année 2024 qui va être riche en découverte avec l’Alaska ! Un vrai plaisir de recevoir un témoignage tjrs aussi fort depuis l ‘autre bout de la planète aux plaisirs steph
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Merci pour tes vœux Stéphane.
Et content de savoir que mes articles sont toujours appréciés.
Nous te souhaitons le meilleur pour 2024 et de belles navigations.
Biz
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