Du 7/06/23 au 17/08/23
Depuis quelque temps, nous suivons la météo entre Hawaï et l’Alaska, un peu circonspects quant à la date du départ. Des chapelets de grosses dépressions traversent encore le Pacifique Nord. Une météo où je crains autant de subir une tempête que de me retrouver immobilisé sans vent pendant des jours car un anticyclone se positionne l’été entre Hawaï et l’Alaska. Mais on ne sait pas vraiment où et quand…Il est urgent d’attendre et pour la première fois, vu la complexité et le changement rapide du temps dans le NW du Pacifique, je décide de me faire router par un professionnel. Il a une meilleure connaissance que moi en météo et surtout une vision globale du Pacifique Nord que je n’ai pas à bord.

Une bonne fenêtre météo se présente début juin et un départ le 7 serait envisageable. J’appelle le routeur, il confirme et nous partons. Avant de prendre le large, nous faisons un crochet au NW de Kauai pour admirer depuis le bateau la superbe Napali Coast que nous avions découverte par la route. Ensuite, après lui avoir communiqué ma position, le routeur m’envoie tous les jours un bulletin météo synthétique et me propose un waypoint à rejoindre. Libre à moi de suivre ses instructions. À bord, je reçois par satellite des fichiers Grib avec les champs de vents et leurs forces, mais sur une petite zone de 300 MN autour du bateau, pour compléter les informations reçues du routeur qui se trouve dans le Sud de la France.

La traversée se fait principalement au portant avec des vents modérés, plutôt confortable. Le plus significatif est la baisse des températures car nous remontons de 2200 MN (4000 km) plein Nord. La 1ère semaine, nous naviguons sous un soleil radieux avec quelques degrés de moins chaque jour, la 2ème, dans le brouillard, le froid et l’humidité. Nous apprécions le chauffage installé à Hawaï… Pas de problème majeur lors de cette traversée, juste un encrassement anormal des filtres à gasoil indiquant qu’un réservoir est pollué.




Nous arrivons à Kodiak le 23 juin vers 5h du matin, dans un brouillard à couper au couteau, après 15 jours de traversée. Juste à temps pour éviter une belle dépression qui arrivera dans la journée. Le dépaysement est total. Dans le chenal, nous sommes accueillis par des loutres de mer qui semblent surprises et curieuses de nous voir surgir de la brume.





Nous accostons dans le 2ème port de pêche des États-Unis (après Dutch Harbor, un peu plus à l’Ouest dans les Aléoutiennes). Des centaines de bateaux de pêche nous entourent. Ici, on sent que les gens ne viennent pas pour s’amuser mais pour travailler. Des quatre coins des États-Unis, des aventuriers mais aussi des étudiants et quelques femmes viennent pour gagner de l’argent et renforcent les équipages des bateaux pour les différentes saisons de pêche : saumon, flétan, crabe dungeness et king crab l’hiver en mer de Béring pour les plus courageux (à lire absolument le livre » Le grand Marin » de Catherine Poulain, https://www.youtube.com/watch?v=GZOADNSih7Q, qui vous immerge dans cet univers rude).



La saison du saumon démarre et le port est en effervescence. Cinq variétés de saumons sont pêchés à la senne ou à la traîne. Nous découvrons un monde de labeur où la nature ne fait pas de cadeaux, notamment l’hiver quand un bateau ne rentre pas…
L’accueil est chaleureux, aussi bien à la capitainerie que sur les pontons. Un pêcheur voisin nous offre spontanément 3 saumons tirés de la cale de son bateau. Un matin, un couple d’origine française se présente et nous invite à venir manger chez eux…

Ici, tout semble tourner autour de la pêche. Des usines de conditionnement de poissons, des chantiers navals, ateliers, magasins de fournitures et pièces détachées pour la pêche parsèment la ville. Et autour de ce microcosme, la nature avec un grand N.
Nous sommes dans une enclave où il arrive qu’un ours traverse la ville à la recherche de nourriture. Les poubelles dans la rue ressemblent à des coffres forts et sont verrouillées pour éviter toute intrusion. Et on nous conseille fortement, pour nos randonnées aux alentours, d’avoir sur nous une bombe au poivre afin de repousser un ours un peu trop entreprenant.






Nous restons quelques jours le seul voilier dans le port, jusqu’à l’arrivée des 4 voiliers français partis de Hawaï un peu avant nous et qui ont déjà fait escale sur la côte Sud de Kodiak, à l’abri de la tempête annoncée. Les retrouvailles se font dans un des nombreux bars de marins où la bière coule à flot. Nous nous retrouverons plus tard sporadiquement au grès de nos différentes escales, chacun faisant sa route.




L’ambiance paraît parfois assez glauque autour du port, dans cet univers industriel où certains marins désenchantés se réfugient dans l’alcool et la drogue. En dehors des bars, il n’y rien pour se divertir.
Après un bon avitaillement et réservoirs de gasoil vidangés, nettoyés et remplis, nous quittons le port.

L’archipel de Kodiak, une fois et demi la Corse, est composé de nombreuses îles et îlots que nous visitons avant de traverser un détroit assez tumultueux au Nord de l’île principale pour aller à la rencontre des ours à Geographic Harbor, dans le Katmai National Park.





Là, en pleine nature sauvage, nous découvrons des ours faméliques grattant la plage à la recherche de coquillages. Ils sortent d’hibernation et se nourrissent d’herbe et de mollusques en attendant l’arrivée des saumons.


De retour à Kodiak, nous observons de magnifiques spécimens de l’ours Kodiak près de l’écloserie de Kitoï Bay sur l’île d’Afognak, dans l’embouchure d’une rivière que les saumons commencent à remonter. Ces ours, plus gros que les grizzly et ours bruns sont une espèce endémique. Il y en a environ 3500 qui se baladent dans l’archipel.








Tant qu’ils ont à manger, les ours ne sont pas trop inquiétants, à condition de ne pas s’approcher d’une mère avec ses petits. C’est donc toujours armés de notre grosse bombe au poivre que nous circulons dans la nature. La prudence s’impose.

C’est lors de cette escale que nous ratons en pleine nuit une alerte au tsunami, suite à un séisme de magnitude 7.4 dans les îles Aléoutiennes, pourtant reliée sur les ondes et heureusement rapidement levée. La région est très exposée aux secousses sismiques, Kodiak se situant dans le prolongement des ces îles qui s’étirent jusqu’à la péninsule du Kamchatka en Sibérie et au Nord du Japon. Un tremblement de terre de magnitude 9.3 en 1964 avait occasionné un tsunami qui a complètement détruit la ville de Kodiak.



Profitant d’une bonne fenêtre météo, avec un vent portant assez fort, nous quittons l’archipel, cap au NNE vers la péninsule de Kenai à environ 100MN. Partis à 6h, nous arrivons vers 20h sous un véritable déluge dans Tonsina Bay où nous jetons l’ancre. Nous sommes revenus sur le continent américain.
L’avantage des hautes latitudes en été, avec des nuits d’environ 5h, c’est que nous pouvons envisager de longues navigations de jour. Les crépuscules n’en finissent pas et l’aube revient très vite. C’est assez déstabilisant.

Nous faisons ensuite un très beau mouillage dans Thunder Bay, entourés de chutes d’eau, avant de remonter notre premier fjord et de découvrir le glacier Aialik.
C’est l’émerveillement ! Il fait beau, le soleil brille et nous naviguons en slalomant entre des blocs de glace. De temps en temps un gros bloc se détache du glacier et plonge dans l’eau dans un fracas de tonnerre. Mouillés ensuite à 4 MN et avec vue sur le glacier, nous l’entendons craquer et nous voyons la glace dériver vers la sortie de la baie au grès des marées.



Le lendemain nous rejoignons le port de Seward, niché au fond du grand fjord voisin. La côte est très découpée par des fjords profonds, ce qui augmente considérablement les distances entre les escales. La navigation se fait malheureusement souvent au moteur faute de vent l’été. Mais les paysages traversés sont somptueux.


A Seward, nous retrouvons la « civilisation ». Moins important que Kodiak, le port est aussi tourné vers la pêche sportive et tous les soirs, les saumons et flétans du jour sont alignés sur le quai et pesés. Nous retrouvons des touristes, venus par la route en camping car, par paquebot ou par le fameux train qui relie Seward à Anchorage, en empruntant notamment un tunnel mixte rail/route où la circulation est alternée avec les véhicules routiers. Ceux qui ne pêchent pas vont faire des randonnées ou visiter le glacier Aialik avec les nombreux bateaux de tour-opérateurs.

Nous profitons de l’escale pour visiter Anchorage à 4h de route. La plus grande ville d’Alaska, mais pas la capitale qui est Juneau, ne nous a pas emballés mais nous avons vu de très jolis paysages sur la route.




Après avoir refait le plein de nourriture et de gasoil, nous retournons dans le wild.
En quittant Seward nous faisons quelques mouillages avant de rentrer dans le Prince William Sound, grand bassin de navigation complètement fermé avec des passages étroits et forts courants, de nombreux glaciers au fond de fjords profonds, le tout entouré de forêts et de montagnes. Une nature à l’état brut où la faune et la flore sauvages sont omniprésentes. Les seuls humains que nous apercevons sont les pêcheurs.











Du 24 juillet au 17 août, nous parcourons d’Ouest en Est ce site extraordinaire, de mouillage en mouillage, au milieu de la nature, et découvrons 13 des 100.000 glaciers que compte l’Alaska. Ces glaciers sont des glaciers dits « de marée » car ils se jettent dans la mer et sont relativement insensibles au changement climatique. Leur terminus avance ou recule en fonction de cycles qui leur sont propres, en vêlant des icebergs.



















De glacier en glacier nous arrivons finalement à Valdez, 62° Nord, notre point le plus haut en latitude, à 330 MN du cercle polaire.



Valdez est tristement célèbre depuis le naufrage en 1989 d’un pétrolier de la compagnie Exxon qui provoqua une importante marée noire au cœur de cette nature sauvage.

Nous ne restons pas longtemps dans cette ville un peu triste où arrive l’énorme pipeline trans-Alaska qui achemine le pétrole depuis la mer de Beaufort, 1300 km plus au Nord. Seul intérêt : refaire le plein de nourriture et de gasoil.




La saison avance, nous sommes le 8 août et nous devons penser à descendre vers le Sud. La première tempête est annoncée demain et nous allons nous mettre à l’abri dans le port de pêche de Cordova.

La petite ville de Cordova n’est accessible qu’en bateau ou en hydravion, il n’y a pas de route. Bateau bien amarré, nous attendons sereinement la tempête. La nuit, nous sommes ballottés contre le ponton et le bateau se couche sur le côté à plusieurs reprises dans des rafales à 50 nœuds, faisant tomber des objets à l’intérieur. Encore une mauvaise nuit mais certainement meilleure qu’au large, où la mer se déchaîne.

Au matin le soleil revient mais les batteries ne se rechargent pas correctement… Normal, car une fois sur le pont, je m’aperçois qu’un panneau solaire a été arraché dans la nuit par une rafale… disparu, envolé… endommageant au passage l’antenne satellite. Encore des trucs à réparer quand on sera au chantier !


Nous profitons quand même de l’escale pour faire une rando sur les hauteurs où arrive un petit télésiège rustique, en haut d’une piste où viennent skier les locaux les beaux jours d’hiver. Lors du retour, nous faisons une razzia sur les mûres sauvages, sur nos gardes pour les ours qui en raffolent aussi. Les poches pleines, nous rentrons sur le bateau.


Le 17 août nous quittons Cordova et le Prince William Sound en empruntant le Strawberry Channel, un passage assez délicat, mal balisé, à pratiquer à marée haute et par beau temps… mais qui nous fait gagner une journée de navigation. La sortie entre les déferlantes malgré la faible houle est assez agitée et c’est avec soulagement que nous passons la bouée d’eau saine.



Cap au SE, nous allons traverser le golf d’Alaska car ici l’hiver approche déjà à grand pas.
Bravo 🙏 à vous deux
j’adore regarder les photos et lire votre aventure
je trouve Époustouflant ce que vous vivez
je vous envois tout mes vœux de Bonheur et continuez de nous partager et de nous émerveiller par votre Liberté d’être ce que vous avez choisi d’Etre !
c’est ça l’Essentiel❤️
Valeria
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