Du 17/08 au 29/10/2023
Aujourd’hui, la mer est calme, un peu trop à mon goût. Nous avons quitté Cordova pour une traversée de 300MN environ mais les vents trop faibles vont nous inciter à faire escale à Yakutat au fond du golfe d’Alaska. Dire qu’il y a 3 jours le vent soulevait des vagues de 7 à 8 mètres sur ce plateau continental où les fonds passent de 2000 à 100 mètres… Nous arrivons à Yakutat au moteur et quand le ciel se dégage, nous pouvons admirer en arrière plan la chaîne de montagne du Mont St Elias avec des sommets qui culminent à près de 6000 mètres.




Yakutat est un très bon abri mais aussi un piège où l’on peut rester bloqué des semaines si le temps se gâte. Orpao au ponton, entouré de petits bateaux de pêche, nous partons à la découverte du village. Pas grand chose à voir. Un lodge pour accueillir les amateurs de pêche sportive, et les vestiges de l’époque où l’activité principale était la transformation des poissons pêchés plus au Sud et qui faute de port-abri sur place, étaient acheminés à Yakutat par une courte ligne ferroviaire (18km).






Nous quittons Yakutat avec un vent de NW 5/6 qui nous emporte vers le large.
Le lendemain soir, trop tard pour passer le Cap Spencer, point d’entrée dans l’Inside Passage, nous faisons une nouvelle halte à Grave Harbor, très beau mouillage et abri parfait pour la nuit.
Le lendemain, au moteur et avec la marée, nous pénétrons le Cross Sound et arrivons à Elfin Cove. Nous avons quitté le Pacifique et à partir de maintenant, nous naviguerons à l’abri de sa grande houle.




Elfin Cove est une petite communauté où l’on circule à pied sur des passages planchéiés. Quelques lodges accueillent les pêcheurs pendant la saison mais une douzaine de personnes seulement y vit à l’année. Nous retrouvons nos amis Hawaïens Robert et Heidi qui viennent s’amarrer à couple d’Orpao.







Plus tard, en quittant Elfin Cove, dans Icy Strait, nous avons la chance d’observer un « Bubble net feeding », littéralement « filet à bulles ». Il s’agit d’une stratégie de chasse pratiquée par une dizaine de baleines à bosse. Elles plongent en profondeur en créant un mur de bulles d’air autour d’un banc de poissons pour l’emprisonner puis elles remontent ensemble à la surface, gueule ouverte en avalant les poissons ainsi piégés. Très impressionnant à voir.



Nous faisons ensuite escale à Hoonah, communauté indienne qui s’est tournée vers le tourisme. A l’entrée de la baie, d’énormes paquebots accostent et déversent leur flot de touristes dans la petite cité. De gros travaux ont été réalisés pour accueillir ces bateaux mais je ne suis pas sûr qu’il y ait un retour sur investissement pour tous au vu de l’état de délabrement des maisons et l’ambiance assez morose qui règne dans le village.



Nous contournons ensuite l’île de Baranof par le Nord-Est et après un arrêt à Tenakee Springs, nous traversons l’île vers Sitka par le Peril Strait et Sergius Narrow où les courants peuvent atteindre 9 noeuds. Nous arrivons à l’étale de pleine mer en même temps qu’une barge tirée par un remorqueur… que nous laisserons passer devant… priorité aux poids lourds !






Arrivés à Sitka, nous mouillons dans la rade près du port. Sitka, sur la côte Pacifique, est un port de pêche et une ville importante qui accueille aussi des paquebots. C’est ici que le secrétaire d’état américain William Seward conclut en 1867 l’achat à la Russie de l’Alaska, qui deviendra plus tard le 48ème état américain. Du passé russe, il reste en Alaska des noms de villes et d’îles, ainsi que de belles églises orthodoxes.















Nous retraversons de nouveau l’île de Baranof pour rejoindre l’Inside Passage que nous ne quitterons plus jusqu’en Colombie Britannique.
L’arrêt suivant est original. Au fond d’une petite baie, nous découvrons Baranof Warm Springs. Comme son nom l’indique, plusieurs sources d’eau chaude remontent dans des vasques rocheuses où l’on peut se baigner près d’un torrent. Plus bas, au village, l’eau volcanique est captée et arrive à la demande dans 3 baignoires à l’intérieur d’une cabane sur pilotis. L’odeur du souffre n’est pas trop forte et nous en profitons pour prendre de vrais bains chauds avec, en prime, vue sur la baie. Comme souvent en Alaska, au dessus du torrent il y a un superbe lac, l’occasion d’une nouvelle rando.







Après plusieurs mouillages et la visite du magnifique et très actif Le Conte Glacier, le plus au Sud de l’Alaska, nous arrivons à Petersburg, charmant port de pêche fondé par des Norvégiens et qui a gardé son identité. Ici, pas de tourisme de masse, les habitants refusent les paquebots. Nous y faisons la connaissance de Dorin, un americain capitaine d’un bateau historique en bois de 100 ans avec lequel il fait du charter l’été en Alaska, l’hiver au Mexique. Il nous fait visiter son bijou et nous passons la soirée ensemble. Il va aussi vers le Sud mais beaucoup plus vite que nous. Il nous donne des tas d’infos sur les beaux coins à voir et les abris en cas de mauvais temps.















À partir de maintenant, la descente vers le Sud s’avère assez pénible. Nous sommes mi-septembre et l’hiver approche, il y a longtemps que les oies sont parties ! Les dépressions se succèdent avec de forts vents de secteur Sud, donc de face. Même à l’abri de l’océan, nous peinons à avancer.
Nous attendons 2 jours à Meyers Chuck, minuscule abri où ne reste l’hiver qu’une poignée de personnes. Le vent souffle encore fort, la pluie dense réduit la visibilité, et la météo à venir reste mauvaise… mais si nous ne voulons pas être bloqués encore une semaine, il faut partir.







Nous avançons toute la matinée péniblement au moteur, vent de face… puis vers midi, le vent tourne vers l’Ouest force 7… c’est donc sur les chapeaux de roues et dans des vagues levées par le courant contraire au vent que nous arrivons à Ketchikan, où nous prenons un ponton pour laisser passer la dépression suivante !


Ketchikan est la dernière ville avant la frontière avec la Colombie Britannique au Canada et nous devons impérativement nous signaler dès notre arrivée, même si nous venons d’Alaska… Malheureusement, nous l’oublions et faisons d’abord quelques courses dans le supermarché voisin. Surprise à notre retour, à peine 2 heures après notre amarrage, un douanier tatillon nous attend près du bateau… D’abord assez menaçant, il explique que comme nous n’avons pas respecté les règles, nous devons quitter immédiatement les États-Unis… Heureusement il se radoucit ensuite et après nous avoir donné un bon sermon, il nous invite « à ne pas recommencer » et nous laisse tranquille.
Nous apprenons dans la conversation qu’il nous pistait sur son ordi par l’AIS depuis Petersburg… Un petit rappel qu’il ne faut pas faire les mariolles avec les douaniers. On ne sait jamais à qui on a affaire.
Ketchikan est la porte d’entrée de l’Alaska pour qui vient du Sud, et un grand nombre de touristes visitent la ville. Par au moins 4 ou 5 paquebots par jour, c’est environ 15.000 personnes qui débarquent et visitent le village artificiel qui leur est consacré et où toutes les boutiques se ressemblent. On retrouve partout les mêmes casquettes, bibelots et t-shirts estampillés « Alaska » mais « made in China »…

Nous ne traînons pas et quittons Ketchikan malgré une météo toujours incertaine car nous devons franchir rapidement Dixon Entrance, une zone exposée au vent et à la houle du large, avant d’arriver à Prince Ruppert, au Canada, 100 MN plus bas.
Entre les deux nous faisons un mouillage dans Foggy Bay, la bien nommée. Nous y rencontrons dans la brume un charmant couple australien, Dean et Karine, qui termine une boucle dans le Pacifique via le Japon et l’Alaska. Nous ne nous quitterons plus et naviguerons ensemble jusqu’à l’île de Vancouver où eux aussi laisseront leur voilier pour l’hiver.

Il n’y a pas de changement notoire entre le SE de l’Alaska et le Nord de la Colombie Britannique, on y retrouve les mêmes paysages, grands détroits et fjords profonds.


Nous faisons notre entrée en Colombie Britannique à Prince Ruppert, grand port de commerce de la côte pacifique du Canada, passage obligé également pour les paquebots. Au ponton, nous laissons passer un coup de vent avant de continuer notre route.




Dorénavant nous faisons 40 à 50 MN par jour (pour en parcourir 600 jusqu’à Victoria…) en restant parfois un ou deux jours à l’abri dans un mouillage protégé lors du passage d’une dépression.

Les canaux orientés Nord-Sud dans lesquels s’engouffre le vent rendent la progression vers le Sud pénible. Nous devons aussi tenir compte des forts courants de marée, notamment dans certains passages étroits appelé ici « Rapids » qui ne peuvent être franchis qu’à l’étale.

De longs radeaux de troncs d’arbres tirés par des remorqueurs avancent lentement vers les usines de pâte à papier et se retrouvent à la même heure à croiser les pêcheurs, les barges, les ferry et nous dans ces passages délicats… créant parfois une jolie pagaille !








De nombreux troncs d’arbres dérivent et s’ajoutent aux paquets de Kelp qui peuvent parfois bloquer l’hélice et arrêter net le moteur. Nous devons donc rester très vigilants et éviter toute navigation de nuit.


Le Nord de la Colombie Britannique est peu peuplée. Quelques communautés indiennes vivent dans de petits villages isolés. Ici ce ne sont plus les Aleutiques ni les Tinglits d’Alaska mais les Tsimshiams et les Haida.
Après avoir franchi le fameux Cap Caution (lui aussi bien nommé), très exposé à la grosse houle du Pacifique, nous entrons dans le Queen Charlotte Strait entre le continent et le Nord de l’île de Vancouver. À partir de là, nous naviguons à l’abri sous le vent de cette immense île de presque 500 km et soufflons un peu.






Après une escale à Port Mc Neil pour ravitailler, nous empruntons le Johnstone Strait, long couloir de 70 MN où les vents, malheureusement contraires à cette période de l’année, accélèrent. Ensuite nous faisons plusieurs très beaux mouillages dans un dédale de canaux étroits et chapelets d’îles.



Nous y resterions bien plus longtemps mais la saison avance et nous avons encore pas mal de route à faire vers le Sud. La météo froide et pluvieuse n’incite plus à la balade et nous avons hâte d’arriver au chantier. Nous reviendrons au printemps.


Après avoir contacté et comparé plusieurs chantiers entre Ketchikan et Seattle aux US et la région de Vancouver, nous avons pris rendez-vous le 25 octobre pour sortir Orpao à Canoë Cove près de Victoria, la capitale de l’île de Vancouver.

Entre-temps, nous devons faire un aller-retour aux États-Unis, plus précisément à Anacortes, pour récupérer 3 bidons d’antifouling spécial coque aluminium qui seront nécessaires avant de remettre à l’eau au printemps. Cet antifouling est pour le moment interdit à la vente au Canada…
Nous en profitons pour découvrir sur la route quelques îles de l’archipel américain des San Juan, notamment Friday Harbor et Roche Harbor, très chics stations balnéaires où nous profitons de 2 journées ensoleillées pour commencer à désarmer le bateau, sécher et ranger les voiles et cordages.

De retour à Canoë Cove, une fois le bateau à terre, il faut le préparer pour le long hiver, notamment le protéger contre le gel et l’humidité.


Après un gros nettoyage, nous débarquons tout ce qui est susceptible de geler (donnant notre excédent de conserves et boissons à nos voisins de chantier), protégeons le moteur et toutes les tuyauteries (sans oublier le chauffe-eau) par de l’antigel, rangeons tout le linge sous vide et installons un déshumidificateur électrique pour l’hiver.
Avant de partir, le bateau est complètement bâché pour le protéger des fortes pluies et de la neige.

Après 4 jours de travail, c’est finalement avec soulagement que nous sautons dans le ferry pour rejoindre Vancouver où nous prenons l’avion pour rentrer en Europe.
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