15/04/2018
Après une courte escale à Reykjavik, le Cap Farewell au Sud du Groenland apparaît sur tribord. Nous sommes le 5 mars. Il fait froid, la mer est gelée, partout de la glace mais le soleil brille, la visibilité est très bonne. Nous gardons le cap sur Terre-Neuve.
Notre vitesse est de 450 nœuds et nous naviguons tranquillement à 10.000 mètres d’altitude. Je suis plongé, à peine dépaysé, dans « Les forêts de Sibérie » de Sylvain Tesson. Arrivée prévue à Baltimore à 17h05. Nous rejoignons nos amis belges Marianne et Paul sur POLLUX, un Hallberg Rassy 43 qui nous attend au ponton de la marina de Herrington, près de Washington. Après une sympathique soirée de retrouvailles, le lendemain, Paul et moi installons les voiles et préparons le bateau. Marianne et Fred sont parties à vélos faire l’avitaillement pour les jours qui viennent.
Après un départ repoussé d’une journée pour cause de mauvaise météo (pluies et vents forts), nous rejoignons Norfolk, au Sud de la Chesapeake Bay. 2 jours sous un soleil radieux mais avec seulement 2 à 6° au thermomètre. Les vents sont de secteur Ouest à Nord-Ouest 4 à 6 Beaufort le premier jour et 6 à 7, rafales à 8 le deuxième jour. Heureusement, nous sommes dans une baie et la mer n’est pas trop agitée.

Préparatifs de départ à Herrington.

Mauvaise météo, les mouettes et les goélands se refugient à l’intérieur des terres…

Pas chaud ce matin…

Descente de la Chesapeake Bay, avec le sourire.
Norfolk abrite une partie de l’armada de l’US Navy. Dès l’entrée du chenal, 7 porte-avions (tous plus gros que le Charles de Gaulles), des croiseurs, frégates, cuirassés et bateaux-hôpital sont alignés sur plusieurs kilomètres. Nous avons un aperçu de la gigantesque force de frappe de la marine américaine. POLLUX trouve refuge dans Water Side Marina, idéalement située près du centre-ville, dans l’attente d’une bonne météo pour rejoindre les Bermudes.
Nous profitons de notre temps libre pour visiter le musée naval « Nauticus » et le USS Wisconsin, un des nombreux Battle Ships (Cuirassés) de la Navy ayant opéré dans le Pacifique lors de la guerre de Corée, en Atlantique puis lors de la guerre du Golfe, avant d’être réformé. Cette machine de guerre de 50.000 tonnes, 270 mètres de long, emportait jusqu’à 2600 hommes et pouvait intervenir sur tous les océans avec 9 canons de 406 mm, 20 canons de 127 mm et des lanceurs de missiles Harpoon et Tomahawk. Le lendemain, nous visitons le superbe musée Chrysler, qui abrite une expo sur le verre (notamment une collection Tifany) et de nombreux tableaux de grands peintres américains et français, ainsi que l’atelier du verre attenant au musée.


Vue du chenal d’entrée à Norfolk.

L’USS WISCONSIN au cœur de la cité. Bienvenue à bord…

Marin prêt à embarquer sur le cuirassé.

Entrez dans le diaporama pour un aperçu du musée.




Visite de l’atelier du verre.
Ce soir il fait froid, la neige tombe en tempête. Les dépressions se succèdent les unes après les autres. Nous prenons notre mal en patience… 4 jours à Norfolk, c’est largement suffisant pour faire le tour de cette ville de garnison. Le temps passe, la tension à bord est palpable…

Tempête de neige à Norfolk…


Un matin des loutres jouent sur le ponton.

Allez, on attend que cette belle dépression passe et on y va….
Enfin une petite fenêtre météo se profile. Tout le monde est d’accord pour y aller, le routeur donne son feu vert. Nous partons. 40 nœuds de vent dans le chenal, ça promet mais ça devrait s’arranger. Effectivement, l’après-midi le vent baisse et nous offre une belle sortie sous voile de la Chesapeake Bay. Mais cela ne va pas durer.
Pour aller aux Bermudes, nous devons traverser le Gulf Stream qui court le long de la côte Est des USA. Nous descendons vers le fameux Cap Hatteras et organisons les quarts de nuit, de 20h à 8h, 3 heures de quart chacun. Nous passons le Cap le lendemain au plus court entre les déferlantes et devons ensuite descendre vers le Sud en longeant la côte car le vent assez fort de secteur Nord souffle encore contre le courant. Ce qui rend impraticable voire dangereuse la traversée d’environ 70 MN à travers le Gulf Stream…
7 heures, aux abords du Cap Lookout, après une nuit de navigation à la côte, le vent vire Sud-Ouest comme prévu, nous nous lançons. Traverser ce courant qui a un débit supérieur à celui de tous les grands fleuves de la terre réunis n’est pas une mince affaire. La température de l’eau qui était de 7 degrés dans la Baie, puis de 12 degrés à la côte, monte rapidement à 23 degrés, nous indiquant que nous sommes sur le tapis roulant liquide qui réchauffe les côtes européennes et leur donne un climat tempéré. Dans l’après-midi, le vent s’installe à 40 puis 50 nœuds alors qu’on en attendait que 30 ! On passe de fort coup de vent à tempête… La mer est grosse mais les vagues ne déferlent pas trop, le vent et le courant ayant la même direction. Vers 19h la température de l’eau baisse et les sargasses apparaissent à la surface de l’eau. Signes que nous avons traversé le fleuve géant. Le vent mollit force 7 et revient Nord pour la nuit. La suite de la traversée se fera dans des conditions musclées, vent de force 7 à 10 et mer forte. L’anémomètre enregistre même une pointe à 61 nœuds !
On mange dans des bols avec des cuillères pour ne pas se blesser et on dort par terre sur les planchers. Les couchettes sont inutilisables, le bateau roule et tangue énormément. Le spectacle de la mer déchainée est fascinant. Le bateau est solide, Paul assure et l’équipage est confiant. A aucun moment nous ne nous sentons en danger.
Après une journée de répit, un nouveau coup de vent est annoncé à l’approche des Bermudes. L’arrivée à St Georges aux Nord de l’archipel se fera avec 45 nœuds de vent dans une mer forte et c’est avec soulagement que nous pénétrons dans l’abri très protégé de St Georges après 6 jours de navigations mouvementées et 900 MN depuis Norfolk.
Nous retrouvons cette coquette petite ville où nous avions fait escale en juin 2017 avec ORPAO lors de notre remonté entre Porto Rico et Newport. Cette fois-ci le plan d’eau est désert, les marinas encore fermées. Nous sommes tôt en saison et le chassé-croisé des voiliers en escale n’a pas encore commencé. Nous trouvons refuge au quai privé d’un restaurant où nous passons la semaine, essuyant encore une bonne dépression avec des vents de 50 nœuds dans la rade.

Fort Ste Catherine au Nord des Bermudes.


Ambiance très British dans les rues de St Georges.

Et toujours cette lumière extraordinaire.

Vue sur le Sud de l’archipel.

Départ de St Georges sous un ciel menaçant.
Une fenêtre météo se profile ensuite mais la mer reste formée. Nous décidons de partir, quitte à être secoués un peu les premiers jours (on commence à avoir l’habitude). Cap au Sud vers les Antilles, le soleil et les Alizées. Devant l’étrave, un peu plus de 900 MN. Hormis les 2 premiers jours, la descente vers St Matin est plus tranquille, le vent ne dépassera jamais force 6. Au fur et à mesure de notre progression la température de l’air et de l’eau monte, puis nous retrouvons les Alizées et leur cortège de grains. Nous jetons l’ancre 5 jours plus tard à l’abri de l’îlot de Tintamarre, au Nord de St Martin, avant de rejoindre la marina de Fort St Louis à Marigot.

Entre les Bermudes et St Martin. On ressort l’appareil photo….

Arrivée à Marigot Bay.
L’île de St Martin se remet lentement du passage dévastateur de l’ouragan IRMA en Sept 2017. Encore beaucoup de débris, de maisons éventrées, d’épaves de bateaux. Le travail de reconstruction est énorme.

Plage de Grand Case côté pile…

…et côté face.
Côté Hollandais, l’aéroport international Princess Juliana est opérationnel mais le terminal est sous un chapiteau et l’organisation à l’antillaise… Nous attendons plusieurs heures notre vol pour la Guadeloupe pour finalement s’entasser avec une quinzaine de personnes dans un petit avion à hélice. Et c’est au pas de course que nous effectuons notre changement à Pointe-à-Pitre. Tellement vite que, arrivés à Orly, nous nous apercevons que nos bagages n’ont pas suivi. Nous les récupèrerons le lendemain avant de prendre la route pour Bruxelles, en voiture pour cause de grèves à la SNCF…

Enfin on nous a trouvé un avion en bon état…

…mais pas encore de pilote.

C’est parti pour la Guadeloupe.
Alors, vous allez me dire : « Pourquoi vous êtes-vous lancés dans ce qui ressemble beaucoup à un convoyage de plus de 2000 MN en fin d’hiver, qui plus est vers des destinations que vous connaissez, et que vous naviguez déjà toute l’année ? »
C’est simple, tout a commencé lors d’un dîner, peut-être un peu trop arrosé, chez nos amis à Bruxelles. Quand ils nous ont proposé de les accompagner, argumentant entre autres que ce serait moins dur à quatre, la réponse ne s’est pas trop fait attendre… C’était l’opportunité d’une expérience enrichissante au niveau humain, de la découverte d’une autre approche de la navigation et des manœuvres, sur un bateau diffèrent. Voilà comment on se retrouve embarqués alors qu’on pourrait rester sagement au chaud jusqu’au printemps…
Nous allons bientôt, le 30 avril, rejoindre ORPAO qui nous attend dans le Connecticut pour le préparer pour les prochaines navigations vers le Canada.
Mais ça c’est une autre histoire.
See you soon…
coucou les amis, je viens de prendre connaissance de vos aventures musclées et aussi de votre retour en Europe pendant une quinzaine de jours. On se fera un petit coucou la prochaine fois.
Portez vous bien et bonne nav. Bises.
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