De Terre-Neuve à Saint Pierre et Miquelon

20/07/2018

Nous quittons les Iles de la Madeleine le 20 juillet, encore un vendredi. Il parait que cela ne se fait pas d’appareiller un vendredi… ce n’est pas bien ! Mais bon je ne suis pas superstitieux, ça porte malheur… Cap au Nord-Est vers Terre-Neuve. Une petite journée et une nuit pour avaler les 120 miles qui nous séparent de Port-aux-Basques (de l’autre côté du Détroit de Cabot) et nous avons l’impression de changer de climat. Pluie et brouillard sont au rendez-vous.

L’eau à la rencontre des courants du St Laurent et du Labrador est très froide, ce qui renforce la formation de brouillard. Nous accostons au quai public de Port-aux-Basques. Dans ce port impersonnel et triste, un gros ferry assure la liaison avec Sydney au Cap Breton (Nouvelle Ecosse), seule activité visible. Les rues sont désertes, nous sommes pourtant un samedi soir… Au retour de notre rapide tour de la ville à pied, nous sommes invités à déguster une soupe de légumes et viande d’orignal (le grand élan du Canada, « moose » en anglais) sur le bateau à moteur de nos voisins canadiens Bruce et Cheryl (que nous recroiserons ensuite à plusieurs escales). Le lendemain nous passons un bon moment avec l’équipage de Krilalouga, un voilier de Montréal. Ambiance conviviale malgré la bruine qui tombe inlassablement…

Le surlendemain (nous laissons passer une dépression et sa journée de pluie), profitant d’un vent portant, nous quittons Port-aux-Basques. Cap à l’Est, toujours dans le brouillard… Nous renonçons à faire escale comme prévu à Grand Bruit car notre radar ne fonctionne plus et le chenal d’accès est tortueux et vraiment mal pavé… La prudence s’impose ! Soit, nous profitons du vent qui nous emmène à Burgeo, un des rares endroits de la côte Sud accessible par la route. Nous mouillons à l’écart et rejoignons le village en zodiac. L’accueil est sympa, à peine arrivés, on vient nous chercher en gros pick-up afin de remplir notre bouteille de propane à la sortie du village. De retour au port, nous achetons dans une cabane de pêcheurs de la morue pêchée du jour et recevons la même quantité de catfish « à goûter ». Nous avons du poisson pour la semaine ! Nous rencontrons ensuite David, un entrepreneur local qui installe la télévision/téléphonie et passait par le port, qui nous emmène avec sa voiture de service (pas de voitures de locations ici) visiter son village. Il connaît tout et tout le monde (il faut dire aussi que ses grand-parents ayant eu 17 enfants, il a de la famille à chaque coin de rue !). Nous retrouvons ORPAO le soir, noyé dans le brouillard et les parfums de l’usine de transformation de poisson du village. Dépaysement assuré ! Le lendemain nous quittons Burgeo sans visibilité en utilisant la corne de brume (un coup long suivi de deux coups brefs pour un voilier) dans ce chenal bordé de rochers et nous tendons l’oreille. A gauche un moteur, à droite le ressac des vagues sur les rochers, pas très rassurant…

Enfin dégagés de la côte, nous mettons le cap sur Ramea Islands où le vent chasse la brume et nous offre enfin un après-midi ensoleillé. Ici comme dans la plupart des villages de la côte Sud, les gens vivent en communautés de plusieurs dizaines de personnes et ne sont reliés au monde extérieur que par un petit ferry. L’activité principale y est la pêche et on y trouve généralement une école, une poste, une église, un terrain multisport, une salle communautaire et un magasin qui vend un peu de tout.

L’escale suivante nous mène à Grey River, un fjord magnifique « à ne pas manquer ». L’entrée se fait par un trou de souris de 80m de large entre 2 falaises, toujours dans le brouillard et sans radar… « chaud » ! A l’intérieur du fjord, la brume se dissipe un peu et nous apercevons plusieurs chutes d’eau tombant des sommets. Nous faisons un premier mouillage où nous rencontrons un homme avec son chien, qui vit dans la communauté en hiver et « à l’écart » quelques miles plus loin à la bonne saison. On se dit que vivre dans une communauté de 40 personnes c’est déjà vivre à l’écart… ! Tout est relatif… Plus loin (nous fuyons les moustiques de ce mouillage trop proche d’un marécage) nous jetons l’ancre au fond du fjord devant un torrent, en pleine nature, à 12kms de la mer. De toute beauté ! La sortie de Grey River sera aussi stressante que l’entrée. Une grosse mer nous attend dans le brouillard et c’est au moteur que nous escaladons les vagues de 3 à 4 mètres…

François, un autre fjord à 20 MN à l’Est, où vit une communauté de 70 personnes, nous accueille aussi dans le brouillard qui se dissipera dans l’après-midi, dévoilant un magnifique panorama sur le haut du fjord, ses chutes d’eau, et son lac sur les hauteurs. Nous les escaladerons le lendemain, malheureusement à nouveau dans le brouillard. Nous retrouvons aussi nos amis Bruce et Cheryl qui nous recommandent le flétan local, acheté directement au pêcheur…

A McCallum, pareil, nous rentrons et sortons par un étroit chenal, dans le brouillard, et guidés par les sons des bouées du chenal d’un côté et du ressac sur les rochers de l’autre… On s’habitue à tout ! Le chef de port (en fait un petit quai de bateaux de pêche…) que nous y rencontrons est une allemande venue ici comme nous, en voilier, et ayant décidé de s’installer dans cette petite communauté (40 personnes) avec son mari il y a 25 ans car elle souffre de mal de mer chronique. Nous comprenons cette envie de vivre à l’écart d’un monde devenu trop frénétique tout en nous demandant comment elle fait pour supporter cet isolement, surtout pendant les 7 mois d’hiver particulièrement rude, et la promiscuité d’une si petite communauté…

A Harbor Breton, l’escale suivante, nous retrouvons à nouveau Bruce et Cheryl, qui nous présentent Gary, un pêcheur qu’ils connaissent et qui nous invite spontanément à se joindre à eux pour un dîner de « moose meatballs ». Sa femme Georgina nous mijote un plat à base de boulettes de l’orignal – un vrai régal – que Gary et son frère ont tué à la chasse récemment (une seule bête leur fournit de la viande pour 6 mois !) pendant que Bruce et moi aidons Gary à installer un store au dessus de leur terrasse car « en août il y aura du soleil »… Au mois de juillet, ils n’ont eu que 2 jours sans brouillard… Heureusement qu’ici comme dans les autres provinces canadiennes, la chaleur humaine et la solidarité compensent la rudesse du climat. En soirée nous retrouvons à quai l’équipage de Krilalouga, rencontré à Port-aux-Basques.

Après avoir fait le plein de gasoil d’ORPAO au tarif des pêcheurs (merci Gary !), nous mettons la cap sur Fortune, de l’autre côté de la baie. Lors de la traversée, par chance sous le soleil, nous tombons sur 3 baleines en chasse, accompagnées d’un groupe de gros dauphins partageant visiblement leur stratégie de chasse, et une nuée d’oiseaux attrapant au vol les petits poissons en fuite. Au ralenti, nous observons pendant plus de 45 minutes le spectacle extraordinaire de ces mammifères plus gros qu’ORPAO qui nous entourent. A Fortune, où nous avons rendez-vous avec un technicien pour le radar, nous attendrons en vain… le harbormaster nous explique que le technicien est aussi pompier volontaire et qu’il a été appelé pour une urgence…

Tant pis, nous mettons cap sur la France ! Miquelon, au Nord de l’archipel St Pierre et Miquelon, n’est qu’à 25 MN. Nous y mouillons devant la plage car le port est un peu exigu pour notre « gros » bateau. Dans l’après-midi nous allons à terre et sommes surpris de ne rencontrer personne à part 2 pêcheurs et 3 petits vieux sur un banc… En à peine 1 heure nous avons fait le tour du bourg et rentrons au bateau, décidés à aller rapidement à St Pierre, la « capitale », où il doit y avoir plus d’animation ! Le lendemain nous longeons donc la côte de Miquelon et Langlade, sous le soleil, avant d’arriver à St Pierre…dans le brouillard ! On commence à en avoir assez de ce temps mais on rêve d’une bonne baguette et d’un vrai camembert ! Nous accostons au quai Tabarly de l’école de voile… Peu d’animation dans cette ville qui a connu ses heures de gloire lors de la Grande Pêche, quand les bateaux y relâchaient pour avitailler ou échanger une partie de leur cargaison de morue. Pendant la Prohibition aussi des fortunes s’y sont faites, St Pierre étant alors une plaque tournante de la contrebande d’alcool. Mais depuis la ville s’est endormie, malgré une petite activité de pêche qui subsiste, et autour de nous, à part quelques boutiques de souvenirs, nous ne voyons que quelques bâtiments officiels (préfecture, mairie, sous-préfecture, douane…) qui nous laissent à penser que l’île survit sous perfusion de la métropole, en échange d’une zone maritime nord-atlantique petite mais stratégique pour la France. Déception aussi car il nous est impossible de trouver un bon croissant frais, vu la pénurie de boulangers en ville, et le « grand supermarché » a plusieurs rayons frais vides en attente de l’avion du lendemain… Finalement, on n’est pas si loin de Terre-Neuve…

C’est donc avec un avis mitigé que nous décidons de quitter rapidement l’archipel, non sans avoir d’abord visité l’Ile aux Marins, véritable musée à ciel ouvert de l’époque de la pêche à la morue, remis en état pour les besoins d’une série téléfilm (« Entre Terre et Mer », de Hervé Baslé, diffusé en 1997 sur France 2 – à lire aussi sur la Grande Pêche les excellents livres « Racleurs d’Océan » d’Anita Conti, aux éditions Petite Biblio Payot, et « Le grand métier » de Jean Recher, aux éditions Pocket). Le lendemain à 6h du matin, en pleine purée de pois, cap sur l’Ile du Cap Breton au Nord de la Nouvelle Ecosse, à environ 180 MN, en profitant d’un inespéré vent de Sud-Est.

Iles de la Madeleine à SPM

Iles de la Madeleine, Port-aux-Basques, Burgeo, Ramea Islands, Grey River, François, Mac Callum, Harbor Breton, Fortune, Miquelon et St Pierre.

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Arrivée à Port-aux-Basques,

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ballade parmi ses maisons de pêcheurs,

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soupe de Moose (élan) sur le bateau de Bruce et Cheryl,

2a

et l’équipage familial du voilier Krilalouga, de Montréal.

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Mouillage de Burgeo.

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ravitaillement en gaz…

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…et en poisson frais.

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ORPAO au quai des pêcheurs à Ramea Islands,

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vue sur le port et les îles Ramea.

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déco de jardin, jolie mais un peu plus encombrante que des nains…

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Ici on ne sèche pas le linge mais la morue !

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Coucher de soleil sur les marais de Ramea.

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Grey River, une fois passé l’entrée,

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ses quelques maisons isolées – ici vit un homme et son chien, 

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et son torrent, « mouillage magique ».

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Entrée d’un Fjord, faut bien viser.

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Arrivée à François sous le soleil,

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vue du bateau sur le village…

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et depuis la falaise.

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Balade jusqu’au lac qui alimente le village de François en eau.

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Mac Callum dans le brouillard. On s’habitue.

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Harbor Breton sous le soleil…

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Chez Garry, où nous sommes invités…

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… à déguster les Moose-Balls…

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… de l’orignal tué par Garry et son frère.

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Après le repas, bricolage sur la terrasse de Garry.

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Baleine sur tribord,

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en chasse,

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entre Harbor Breton et Fortune.

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Arrivée à Miquelon,

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ses jolis panneaux sur la place du village,

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un beau drapeau Acadien, mais personne…

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Derrière le port, le voilier polaire Vagabond en attente de nouvelles expéditions.

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La côte de Miquelon-Langlade.

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Entée de St Pierre et

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ORPAO au quai Tabarly.

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Visite de l’Ile aux Marins…

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…en face de St Pierre.

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Epave d’un cargo sur la côte au vent,

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maison traditionnelle de pêcheur,

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le décor somptueux de l’ile aux marins…

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…inspire les peintres.

 

 

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1 Response to De Terre-Neuve à Saint Pierre et Miquelon

  1. Avatar de Cindy Ramos Cindy Ramos dit :

    Quel plaisir de vous revoir sur les photos et de voyager un peu à travers vous. Je ne savais que la soupe d’élan existait ! C’est bon ?

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